Vendre des livres sur vente-privée, “une alternative au pilon”

Antoine Oury - 29.04.2016

Edition - Economie - Actes Sud édition jeunesse - Actes Sud vente-privée - Actes Sud livres jeunesse soldes


Pour la deuxième année consécutive, le groupe Actes Sud propose à la vente des exemplaires de 150 à 200 titres sur la plateforme vente-privee.com, pour des tarifs qui défient toute concurrence. Des titres, principalement jeunesse, originellement vendus pour 10 ou 13 € sont ainsi proposés pour moins de 5 €. Si cette pratique de solde peut choquer, elle est tout à fait légale, et réalisée avec l’aval des auteurs.

 

Actes Sud- Livre Paris 2016

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

De telles opérations de vente ont déjà été réalisées à différentes reprises par Actes Sud sur la plateforme vente-privée, et le groupe localisé à Arles n’est évidemment pas le seul à avoir recours à cette technique de vente. « L’objectif est avant tout de proposer une deuxième vie à des ouvrages qui n’ont plus de vie depuis plusieurs années », nous explique Laetitia Ruaut, directrice commerciale des éditions Actes Sud.

 

« Beaucoup de titres de fonds fonctionnent bien chez Actes Sud, mais tous ne se vendent pas de la même façon dans la durée », ajoute-t-elle. Ces titres disparaissent aussi peu à peu des librairies, qui ne peuvent conserver ces titres sur leur surface non extensible. « C’est un canal supplémentaire qui intervient en bout de course, et qui constitue une alternative au pilon et à la destruction pure et simple des œuvres », souligne Laetitia Ruaut. Les soldes sont aussi un moyen, pour l’éditeur, de limiter les frais de stockage des livres.

 

Ce type d’opérations peut choquer, surtout si l’on sait que l’auteur ne touche pas de droits sur ces livres soldés. Mais il faut prendre en compte que ces ventes et leurs conditions spécifiques sont explicitées dans le contrat d’édition, et que les auteurs sont prévenus dès lors que leurs ouvrages sont retirés du catalogue et soldés.

 

Par ailleurs, ils ont eux-mêmes la possibilité d’en acheter des exemplaires, à un prix qui est « au maxima celui proposé par vente-privée », nous indique-t-on. Une fois ces exemplaires en leur possession, les auteurs peuvent évidemment les vendre (en salon, sur leur site) et récupérer l’intégralité du prix public. Le prix proposé sur vente-privée, lui, est négocié avec la plateforme, ainsi que les modalités de répartition.

 

 

 

L’offre est destinée aux particuliers, mais, a priori, des collectivités pourraient très bien y recourir... Un moyen d’assurer les acquisitions en période de budgets en berne ?

 

Outre l’alternative au pilon, l’offre sur vente-privée permet également « de toucher un public qui ne va pas en librairie, car il n’a pas d’intérêt pour ces lieux ou pour de simples raisons financières. C’est un site qui génère énormément de trafic, qui n’est pas forcément celui du public d’Actes Sud. » L’éditeur compte aussi sur ces ventes pour faire connaître les auteurs, et peut-être générer d’autres ventes, celles des nouveautés.

 

Évidemment, les plus en reste seront les soldeurs, mais « ils interviennent après vente privée », précise Laetitia Ruaut, « avec une tarification encore plus faible. Quand vente-privée touche un public assez large, les soldeurs sont plus localisés sur tel ou tel territoire, et leur nombre s’est beaucoup réduit ces dernières années. »

 

Si l’initiative de l’éditeur se défend, elle soulève évidemment d’autres questions, qui ne se limitent pas à Actes Sud : l’industrialisation de l’édition, la hausse des tirages, la rotation (trop) rapide des ouvrages en librairie ou la précarisation grandissante des auteurs et de leurs sources de revenus...