Vendre les droits d'un manuscrit : l'avance, une question sensible

David Pathé Camus - 07.10.2019

Edition - Société - Agent littéraire - trouver éditeur - manuscrit éditeur


DOSSIER – Avant de signer un contrat d’édition, il faut en passer par une phase parfois délicate : la cession des droits. Et l’avance qui sera obtenue pour l’ouvrage en question. Passage obligatoire et trop souvent expédié, c’est l’instant où le rôle de l’agent littéraire prend tout son sens. David Pathé-Camus signe pour ActuaLitté une série d’articles détaillant ce rôle de l’agent dans les négociations. 
 

 
 

Combien vaut une œuvre, financièrement parlant ? Quel à-valoir un auteur peut-il espérer toucher lorsqu’il cède les droits d’exploitation de son œuvre ?
 

Il n’y a bien sûr pas de réponse type à ce genre de question — chaque cas étant unique —, mais nous pouvons tout de même esquisser une ébauche de réponse à partir des moyennes observées. 


Dans le cas d’un auteur débutant, ou peu connu, si l’on considère qu’une œuvre (un roman) se vend en moyenne à 4 000 exemplaires, et si je retiens un prix de vente de 20 € et un pourcentage de 10 % sur le PPHT, alors l’auteur peut espérer gagner aux alentours de 8 000 €. (Moins s’il s’agit d’un premier roman, dont les ventes tournent généralement autour de 700 exemplaires.)


Mais il s’agit bien sûr d’une moyenne, les écarts de ventes pouvant être considérables.


Quand il a la chance de se voir proposer un à-valoir, un auteur débutant ou peu connu se voit généralement offrir entre 1500 et 3000 € par livre, en fonction de son historique de ventes, du tirage et du prix de vente prévisionnels, et de la maison d’édition avec laquelle il travaille.


Il n’est pas rare qu’un agent parvienne à obtenir le triple, voire beaucoup plus, surtout en cas d’enchères. Car, même si l’agent n’a pas de baguette magique, il connait le marché et ses différents acteurs, et se fait fort d’envoyer le meilleur manuscrit possible aux meilleurs éditeurs possibles afin d’optimiser le potentiel des œuvres qu’il défend — et donc d’obtenir pour chacune d’elles « la meilleure offre possible ».

Ce qui explique, d’ailleurs, l’importante sélection effectuée en amont par l’agent, qui ne retient généralement que les projets susceptibles de rapporter le plus, à court, moyen ou long terme.

 

Quelques considérations d'ordre économique...


Le triple d’un à-valoir « lambda » peut paraître beaucoup à un auteur sans agent, mais cette somme est généralement dans les clous de ce qu’un éditeur est prêt à investir pour acquérir les droits d’exploitation d’une œuvre — fut-ce pour une durée limitée à 7 ou 8 ans, uniquement pour la « langue française » et sans les droits d’adaptation audiovisuelle.


Évidemment, il arrive qu’on reçoive des offres un peu fantasques. Je me souviens ainsi d’un éditeur qui m’avait fait une offre indécemment basse pour une œuvre, et qui s’était justifié en m’expliquant : « Oui, c’est un peu bas, mais l’auteur est un ami. » J’avais trouvé cette explication d’autant plus surprenante qu’on aurait pu s’attendre à l’inverse. Il finit d'ailleurs par améliorer son offre, et je voulus croire qu’il l’avait fait parce que « l’auteur est un ami ».


Dans un tout autre genre, je me souviens aussi de ce que m’avait dit le directeur d’une des maisons d’édition pour lesquelles je travaillais comme directeur de collection. Je lui avais fait part de mon souhait d’acquérir les « droits mondiaux hors langue anglaise » de telle œuvre américaine publiée en direct sur Amazon par des auteurs sans agents, et il s’était exclamé : « Les droits mondiaux ! Mais ça vaut terriblement cher ça. Combien ça vaut ? Au moins 25.000 dollars ! »
 

Cet « Au moins 25 000 dollars ! » résonna longtemps en moi tant il contraste avec ce que peuvent espérer gagner les auteurs français cédant la totalité de leurs droits à un éditeur – qui n’aura pas, en plus, à payer de frais de traduction pour commercialiser leur œuvre.


Mais la somme avancée — et payée — par le directeur de cette maison d’édition est révélatrice d’une certaine logique, surtout si l’on considère qu’il était habitué à négocier — pour les œuvres étrangères — avec des agents, et à n’acquérir que les droits « langue française ». Si je prends un prix moyen de 5000 € (ou dollars) par acquisition, son offre de « 25 000 dollars » correspond à l’offre qu’auraient pu faire cinq pays de taille moyenne pour acquérir les droits de l’œuvre soumise à son attention.
 

C’est bien évidemment très éloigné de ce que perçoivent les auteurs français, mais illustre bien à quel point la seule évocation d’un agent, ou la possibilité d’un agent, change la donne pour un auteur.
 


Prochain article : « La négociation – partie 4 »


Précédemment : Obtenir la meilleure offre pour un manuscrit

Dossier - Profession : agent littéraire, un métier mal connu


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