Le conte Pinocchio bientôt accusé de promouvoir la procréation assistée ?

Nicolas Gary - 06.07.2015

Edition - International - Venise maire - livres homosexualité - procréation assistée


Un pou chasse l’autre, en matière d’administration. Mais à Venise, l’arrivée de Luigi Brugnaro rime plutôt avec la chasse aux morpions. Le maire de la ville a décidé de mener la chasse, comme il l’avait promis durant sa campagne électorale, aux ouvrages traitant de sexualité, et plus spécifiquement, d’homosexualité. Une guerre qui a mené à l’index un millier d’exemplaires, dont les bibliothèques scolaires seront privées.

 

How could you say no?

Kenny Louie, CC BY 2.0

 

 

Pour une fois qu’un politicien tient ses promesses, on en serait presque peiné : Luigi Brugnaro s’est lancé dans l’éradication de ce que la précédente administration vénitienne avait mis en place. Avec une enveloppe de 9800 €, la conseillère Camilla Seibezzi avait réuni un catalogue d’ouvrage pour offrir aux enseignants du matériel pédagogique susceptible, s’ils le souhaitaient, d’accompagner des cours sur la question de l’adoption, des couples homosexuels, etc.

 

L'arrogance culturelle de la précédente administration

 

Mais Brugnaro s’est mis en rogne depuis longtemps, et ses équipes vont donc vérifier, dans les écoles, la présence de ces ouvrages inadmissibles. Largement attaqué, le maire s’est finalement défendu, accusant ses détracteurs « d’arrogance culturelle », pour avoir « imposé ces livres aux écoles sans en informer les parents des enfants ». Et de poursuivre : « Nous n’acceptons l’arrogance culturelle de la part de personne : alors allez lire le décret des livres de genres. Nous considérons [ces textes] comme une insulte à l’ensemble des gens. »

 

Alors, Camilla Seibezzi s’enflamme : « Les livres ont été achetés, ils ne sont pas imposés, mais offerts aux bibliothèques, laissant aux enseignants la possibilité de les utiliser, ou non. Nous avons offert une plus grande richesse de livres pour le mandat éducatif de l’enseignant et ses choix. Quoi que fasse Brugnaro, c’est anticonstitutionnel. »

 

 

Les 49 livres, pour 1100 exemplaires en circulation donc, seront retirés des écoles maternelles, comme prévu. « Il doit y avoir une belle économie, florissante, derrière la théorie du genre. Évidemment, de nombreux intérêts pour les enfants », a-t-il poursuivi dans sa vindicte, sur les réseaux. La réalité serait, pour certains, que l’Italie fait preuve d’un certain retard, en regard d’autres pays européens, sur les questions d’acceptation de la différence. (via Venezia Today)

 

La censure, aux relents de dictature

 

L’Associazione Italiana Scrittori per l’Infanzia, s’est fendue d’une intervention caustique. Selon elle, « ces pratiques autoritaires n’ont jamais vu le jour qu’en des périodes les plus sombres de l’histoire des dictatures ». Et de souligner que faire la chasse ainsi aux livres est particulièrement dangereux. Censurer l’ouvrage de Leo Lionni, Piccolo blu et piccolo giallo, n’est pas vraiment la meilleure preuve d’ouverture d’esprit. Son petit-fils, depuis New York, n'en revient toujours pas que l'on tente de censurer les ouvrages du grand-père. 

 

Piccolo blu et piccolo giallo Leo lionni Venise

 

D’autant plus que les titres furent choisis par des équipes d’éducateurs et de psychologues, et livrés aux écoles après un examen sévère. Et la tempête médiatique risque de ne pas s’arrêter en si bon chemin – surtout que les Vénitiens, et les Italiens plus largement, à la curiosité piquée, se sont lancés dans une lecture attentive des fameux ouvrages prochainement interdits. 

 

Pour les écrivains, c’est la prétendue logique économique que dénonce le maire, qu’il faudrait noyer dans les canaux de Venise. Tiziano Scarpa, prix Strega 2009 (l’équivalent du Goncourt français, pardon du peu...) s’énerve : « Le marché de la littérature pour enfants est si petit, que l’hypothèse d’intérêts économiques n’a pas de sens. Cette théorie ne peut se vendre qu’à ceux qui ne sont pas instruits de ce qu’est l’industrie de l’édition, à ceux qui ne connaissent pas les livres, mais surtout, pour ceux qui ne veulent pas savoir. » 

 

Et de donner l’exemple de Pinocchio : « Dans ce conte de fées, on parle d’un homme qui construit un enfant grâce à la technologie, sans l’intervention d’une femme : pensez-vous qu’il s’agisse de l’exemple d’une famille traditionnelle ? Au-delà de cet exemple, nos contes ne sont pas intouchables, et vous ne pouvez pas les enfermer dans une logique politique. Dans les contes de fées, les animaux parlent, les objets se déplacent, tout change, et ils sont déjà subversifs, parce qu’ils nous font comprendre que notre monde est bien plus grand que nous l’imaginions. » (via La Nuova)


Pour approfondir

Editeur : Glénat
Genre : bandes dessinees...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782723498760

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de Julie Marot

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