Vente de RCS Libri à Mondadori : l'industrie réclame une absolue vigilance

Nicolas Gary - 13.05.2016

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En Italie, l’autorisation donnée à Mondadori de racheter le groupe RCS Libri, même sous certaines conditions, fait frémir. Giovanni Pitruzella, le président de l’Autorità Garante della Concorrenza e del Mercato, l’antitrust italienne, a reçu un courrier signé d’Alessandro et Giuseppe Laterza. Ces derniers ont lancé une pétition pour dénoncer les conséquences économiques de ce rachat. Et rapidement, d’autres noms de l’édition se sont joints à leurs demandes. 

 

Italie livres centre commercial

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C’est la pluralité de l’industrie du livre dans toute l’Italie qui est menacée, parce que les conséquences économiques du rachat seront puissantes. Dans un premier temps de son analyse, l’Autorité avait d’ailleurs considéré que la transaction risquait de « conduire à la création ou au renforcement d’une position dominante sur les marchés de livres de fiction italiens et étrangers, ainsi que de non-fiction ». 

 

Et puis, déborder sur le secteur de la bande dessinée, de l’édition de livre, de la distribution, et ainsi de suite. En somme, impacter toute l’industrie, depuis les éditeurs aux libraires en passant par les auteurs. Pour aboutir finalement aux lecteurs.

 

Ces premières conclusions, datées du 23 janvier, ont été revues et corrigées, quelque deux mois plus tard. Le feu vert était accordé, accompagné d’une série de mesures contraignantes, valables durant trois ans et six mois. Tout le problème estiment les deux éditeurs de la maison Giuseppe Laterza & figli, est que « la mise en œuvre de certaines solutions est très difficile à vérifier, dans le fonctionnement concret du marché de l’édition ».

 

Pour cette raison, ils réclament à l’antitrust de mettre en place des mesures de contrôles plus efficaces, et d’instaurer l’obligation d’un compte-rendu détaillé, qui doit d’ailleurs être remis au Parlement. Tout cela, proposent-ils, devra être discuté au cours de la prochaine édition de la Foire du livre de Turin, en 2017. 

 

Mondadori + RCS Libri - Marsilio - Bompiani = cauchemar

 

« Nous estimons que la situation anormale du marché du livre italien – avec un groupe éditorial qui, non seulement, contrôle une portion supérieure à celle, proportionnellement, de n’importe quel autre groupe éditorial d’Europe, sur son propre territoire. Mais a une puissance trois fois plus grande que celle de son plus direct concurrent », poursuivent les éditeurs. 

 

Un facteur éclairement en mesure de conditionner toute la dynamique du pays. « Cela exige, de la part de tous ceux qui se soucient du sort des livres, un effort de sensibilisation et de vigilance, afin que l’on ne réduise en aucune manière le pluralisme, à la fois économique et culturel qui est à la base d’une société libre. »

 

La pétition est accessible à cette adresse.

 

La vente de RCS Libri s’est conclue pour 127,1 millions €. Dix mesures interviendront parmi lesquelles le maintien des relations contractuelles avec les libraires ou encore des obligations d’investissement dans le développement de la lecture auprès des jeunes publics. En effet, le groupe s’investira dans la poursuite du projet, et son développement, In libreria per la classe : de dernier propose des activités en bibliothèque pour les élèves, pour enseigner et partager le plaisir de lire.

 

Marina Berlusconi, présidente de Mondadori commentait : « Bien sûr, nous devons également supporter de lourds sacrifices. Des sacrifices imposés par une application définitivement discutable et tout autre que tournée vers l’avenir, à partir des réglementations nationales et européennes, schématiques et dépassées. Elles ne prennent pas en compte les spécificités et la petite taille de notre marché. ».

 

Et d’ajouter qu’elle ressent comme une grande amertume d’avoir à « renoncer à des maisons d’édition comme Marsilio et Bompiani ». Les deux structures devront en effet être vendues, comme le prévoient les mesures contraignantes de l'Antitrust.