Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Vente ebook et papier, pour impliquer les libraires dans le numérique

Clément Solym - 30.09.2011

Edition - Librairies - ebook - papier - librairie


Depuis ce matin, une petite révolution est en cours : les éditions Fleurus ont mis en ligne une offre double, qui permet, en cas d'achat d'un livre papier, de pouvoir, sans obligation aucune, se procurer la version numérique. (voir notre actualitté)

Après une longue explication, cette offre a de quoi convaincre - et à plus d'un titre. Réfutant toute possibilité de vente liée ou forcée, l'éditeur est très clair : c'est une solution proposée aux internautes, en rien une obligation d'achat. Et avant tout, c'est une expérimentation, destinée à réconcilier papier et numérique, libraires et ebooks.

Se jeter à l'eau

D'autre part, nous explique-t-on, c'est un choix de la maison que de ne pas mettre en avant cette offre pour le moment. « Nous prévoyons de communiquer avec des bannières, sur le site, mais l'important c'est d'expérimenter cette solution. Nous souhaitons aussi la proposer aux libraires et aux distributeurs dès que ce sera techniquement possible.

Ce serait une erreur d'interpréter cette initiative comme une tentative de faire du commerce en direct : nous avons lancé un test, sur le mode de fonctionnement, et recherchons au contraire une solution simple pour impliquer ensuite les libraires.
»


L'un des points à relever, c'est que les livres numériques de Fleurus ne comportent pas de DRM, mais un watermarking. De quoi se faire doublement plaisir, voire triplement : on achète les deux oeuvres, et on a la possibilité de faire un cadeau, papier ou numérique, sans contrainte.

À développer, avec (pour ?) la librairie

« Notre travail avec les libraires sera essentiel : avec une offre groupée, nous sommes convaincus de pouvoir les raccrocher et les impliquer dans la vente de livres numériques. Si les libraires sont prescripteurs sur une offre papier, pourquoi ne le seraient-ils pas sur une offre numérique ? » Et de nous assurer que des premiers contacts ont été pris avec plusieurs grandes boutiques parisiennes, pour envisager le déploiement futur de cette solution.

« Notre diffusion travaille avec nous sur la question. Nous allons maintenant entrer en contact avec ePagine et Immateriel pour trouver les outils les plus adaptés pour mettre en place une offre simple et claire. L'idée est de pouvoir travailler avec les libraires qui ont un site de vente en ligne, mais aussi avec ceux qui n'en disposent pas. »

Les perspectives alléchantes en BD

Pour l'heure, l'éditeur n'a pas non plus de perspectives de ventes, ni tracé de plans sur la comète. Fleurus maintient : l'objectif est de proposer un service, et dans la hiérarchie, on a accueilli l'idée avec beaucoup d'intérêt. Le groupe Média Participations à qui appartient la maison Fleurus, et notamment Claude de Saint Vincent, directeur général, s'est montré particulièrement sensible à cette idée. Ce dernier n'était cependant pas disponible pour commenter l'expérience.

Et pour cause : il faut comprendre que si un tel projet peut être mis en place, Media Participations, qui a quelques billes tout de même dans le monde de la BD, pourrait tout à fait envisager de le mettre en application, au travers de la plateforme Iznéo, qui commercialise des BD numérisées. « Il faut souligner que la première réaction de Media Participations a été de savoir comment il serait possible d'impliquer les libraires. Et en cas de problèmes avec la loi sur le prix unique du livre numérique, de réfléchir à de nouvelles modalités de mise en place. »

Prisunic, parlons-en...

Justement, ActuaLitté a contacté le Syndicat national de l'édition, pour lui poser la question : ce type d'offre est-il conforme à la législation telle qu'envisagée, ainsi qu'aux décrets d'applications que l'on a vu passer ? (voir notre actualitté)

Consulté par ActuaLitté, le SNE nous explique que les ventes couplées papier et numérique, notamment dans le scolaire, n'entrent pas dans le périmètre de la loi PULN qui ne vise que les offres de numérique seul.

Ce type d'offre ressemblerait à de la vente à prime, régie par d'un coté le code de la consommation, de l'autre coté la loi Lang dans la mesure où l'objet principal de la vente est un livre papier. Il faut donc consulter ces codes pour définir si une offre telle est autorisée.

Mais bien sûr, comme le cas ne s'était pas encore posé, difficile de se prononcer par anticipation. Est-ce qu'il faut envisager que, conformément à l'article 2 le prix de vente du livre numérique « peut différer en fonction du contenu de l'offre et de ses modalités d'accès ou d'usage » ? Pour le moment, la question restera la meilleure forme de réponse.

Pour l'heure, nous rappelle Fleurus, son catalogue se compose de 213 oeuvres numérisées, avec pour projet d'en proposer 450 à la fin de l'année.