Verser l'intégralité du prix du livre à l'auteur, Bezos était sérieux - et sincère

Clément Solym - 14.07.2014

Edition - Economie - Amazon Hachette ebooks - auteurs conflit - droits auteurs argent


Si Hachette avait accepté la proposition, il aurait suffi de 72 heures pour qu'Amazon mette en place son offre : reverser 100 % du prix de vente des livres numériques aux auteurs, impactés par le conflit qui oppose le revendeur à l'éditeur. « Amazon et Hachette renonceraient à toutes les recettes et profits sur les ventes de chaque livre, jusqu'à ce qu'un accord soit atteint », promettait Amazon. Mais Hachette Book Group a décliné froidement. 

 

 

The End

Ghostbuster, CC BY ND 2.0

 

 

L'Authors Guild, par l'intermédiaire de son vice-président Richard Russo, avait vivement réagi contre cette offre. « Même si Amazon prétend être préoccupé par le sort de la liste [des auteurs impactés, NdR] et des primo écrivains, nous croyons que cette offre - dont la majorité serait financée par Hachette - est très malhonnête. » Selon l'AG, cela ne dégagerait pas les auteurs du conflit dont ils sont les victimes. « Parce que c'est la vie de l'écriture elle-même que nous cherchons à défendre, nous ne sommes pas intéressés par une aubaine à court terme pour certains des auteurs que nous représentons. »

 

Bon, sans prendre réellement parti, l'AG en profitait également pour frapper un petit coup de bambou : « Ceux d'entre nous qui publient traditionnellement, peuvent apprécier leur éditeur, mais la vérité est qu'ils ne nous ont pas toujours traité de façon équitable à l'égard des revenus sur les ebooks, et ils le savent. Cela doit changer. Si nous semblons parfois du côté d'Amazon, c'est parce que nous sommes dans la même entreprise : l'industrie du livre. »   

 

Et de conclure, dans une apostrophe à Jeff : « A notre connaissance, Amazon n'a jamais dit clairement et sans équivoque (comme les éditeurs traditionnels peuvent le faire) que les livres sont différents et spéciaux, qu'ils ne peuvent pas être traités comme d'autres produits que la plateforme vend. Cela ne nous semble pas à omettre. Si nous avons tort, M. Bezos, il serait bon, maintenant, de le rectifier. D'abord, dites-le, ensuite agissez comme vous croyez. Nous aimerions être vos partenaires. »

 

Or, en dépit de cette déclaration d'amour adressée à la société qui a réinventé l'autopublication, et permis à des auteurs indépendants de vendre des livres (car il s'agit tout de même de cela, essentiellement, vendre...), Bezos s'est ému de ce qu'on taxait sa proposition de malhonnêteté.

 

"Notre offre est sincère, et il ne tient qu'à Hachette de dire oui"

 

Si les auteurs désirent une solution pérenne, intégrée à un écosystème viable sur le long terme, et dans lequel auteurs traditionnels et autopubliés peuvent prospérer de concert, Amazon a répondu sèchement. À la lecture de la lettre de l'Authors Guild, le sang d'Amazon n'a fait qu'un tour : « Notre offre est sincère, et il ne tient qu'à Hachette de dire oui, pour aider les auteurs. Nous nous demandons également ce qui serait advenu, si cette lettre était venue de Hachette et qu'Amazon avait rejeté l'offre. »

 

 

 

 

Finement joué, une fois encore, de la part du gorille de 500 kg. Surtout qu'elle prend soin de ne pas répondre sur la question du coût de l'opération pour Hachette Book Group. Après tout, quand un éditeur vend à une librairie, il propose une remise, à partir de laquelle le vendeur va pouvoir réaliser sa - modeste - marge. Mais on ignore toujours combien de points de remises sont accordés à Amazon - certains en France parlent de 45 % pour les livres papier, ce qui serait assez significatif.

 

« La lettre [de l'Authors Guild, NdR] confond les structures à long terme de l'industrie, et une proposition à court terme destinée à aider les auteurs », insiste la firme. « Étant donné que l'Authors Guild est le groupe de défense des droits des auteurs, il est difficile de croire qu'ils ne soutiennent pas la proposition. Ils sont l'Authors Guild, et par la Publishers Guild », frappe Amazon. 

 

Et dans le même temps, Hachette Book Group n'a toujours pas pris position, depuis son refus signifié à Amazon. L'éditeur avait répliqué, ce 8 juillet : « Amazon vient de nous envoyer une brève proposition. Nous invitons Amazon à retirer les sanctions qu'ils ont imposées unilatéralement et nous continuerons de négocier de bonne foi, avec l'espoir d'une conclusion rapide. »

 

Pour HBG, « la meilleure solution pour les auteurs que nous publions est de parvenir à un accord avec Amazon qui apporte des garanties de revenus, et des termes qui autorisent Hachette à continuer d'investir dans les écrivains, à faire du marketing et de l'innovation. Nous avons hâte de régler ce différend bientôt, en faveur des écrivains qui nous ont fait confiance en nous remettant leurs livres. »

 

Sollicité par différents médias américains, HBG a décliné toute demande d'explications.

 

On retrouvera peut-être quelques éléments dans ce récent entretien de Jeff Bezos, expliquant comment il a mis en place « la société la plus centrée sur le consommateur au monde », qui a « réinventé une industrie âgée de 5000 ans ». Les trois points que le grand patron met en avant, pour qualifier son entreprise sont : les prix bas, la livraison rapide et une vaste sélection d'articles.  (sous-titres disponibles en anglais)