Victime de chantage, l'éditeur annule la réédition du livre Gangs Story

Clément Solym - 27.09.2018

Edition - Justice - Gangs story livre - photographies Manufacture Morvan - éditeur censure menaces


L’éditeur de Yan Morvan enrage : le livre du photojournaliste de guerre, écrivain et historien militaire ne sera pas réédité. Gangs story, qui avait été condamné en 2013, ne reverra définitivement pas les tables des librairies.



 

 

C’était le 26 juillet 2013 : la Manufacture de livres était condamnée à retirer l’ouvrage de la vente. Dans Gangs story, racontant le phénomène des bandes organisées entre 1970 et 1990, se trouvait la photo d’un skinhead. Une parmi 220 autres.

 

Ce dernier posait « chez lui, avec au mur des affiches de propagande nazie. Il n’est pas piégé par le photographe », relève l’éditeur. « Il sait au moment où il pose que la photo va être publiée », insiste la maison.

 

Mais voilà : invoquant dans une action en justice le droit à l’image, 25 années plus tard, il obtint gain de cause, 7000 € de réparation au titre de préjudice moral. 

 

Le livre passait en revue la vie de groupes comme les Hells Angels, Rebels, skinheads, Antifa, Black Panthers, Ducky Boys, Requins vicieux, interrogeant l’esprit de meute qui les fédère, l’instinct qui les anime. 


L’avocat Benjamin Chouai affirmait à l’époque ne pas demander « l’interdiction de l’ouvrage, mais le retrait de cette photo d’un mineur mis en scène par un photographe expérimenté, republiée douze ans après une condamnation et sans autorisation de mon client ».

Yan Morvan et Pierre Fourniaud, directeur de la Manufacture des livres, n’avaient pas souhaité faire appel. « Nous sommes une structure trop fragile et Yan Morvan n’a pas les moyens », assurait l’éditeur.
 

L'appât du gain, ou la censure préventive


Cinq ans plus tard, l’éditeur envisage une réédition, supprimant la photo du Petit Mathieu qui était à l’origine de l’interdiction. Réédition annoncée, fête dans la maison... mais de courte durée. « [N]ous recevons des avertissements. D’autres charmants garçons au sens du commerce plus affûté que leurs convictions n’ont pas fait mystère que vouloir nous assigner eux aussi en justice. À moins que nous ne préférions les dédommager par avance », indique l’éditeur.

 

Le cas du Petit Mathieu a fait école, et d’autres, photographiés, sentent le coup venir : argent facile, chantage évident... Soit payer ou être porté devant les tribunaux.
 

La galerie Sit Down expose Gangs story,
photos de Yan Morvan

 

L’éditeur vient d’annoncer qu’il « jetait l’éponge... pour cette fois ». Comment rééditer un livre contenant des photos datant pour certaines d’une grosse cinquantaine d’années, qui suscite soudainement un intérêt économique évident. 

 

Et la Manufacture d’interroger : « Nous nous trouvons dans l’impossibilité de faire notre travail d’éditeur et de participer à la diffusion du remarquable travail photographique de Yan Morvan. Au nom d’une loi protégeant le droit à l’image, faut-il se couper de sa mémoire ? »





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