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Victime du confinement, “aucun libraire ne baisse les bras”

Auteur invité - 28.04.2020

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Déconfinement et déconfiture. Ces deux mots présentent les trois mêmes premières syllabes. Il en va ainsi dans notre étymologie issue de ce cher latin, « de » comme « hors de » et « con » pour « ensemble » ou « avec ». L’un est un néologisme créé en 2020, l’autre apparaît dans des écrits du XIIe siècle…

Librairie l'Acacia (Paris)
ActuaLitté, CC BY SA 2.0 (photo d'illustration)
 

Comment donc empêcher ces mots de se croiser l’un, l’autre, dans la période de craintes, de difficultés, et surtout de doutes que vivent les libraires ?

Nombreuses sont ces officines culturelles qui ont cherché et trouvé les parades au confinement, à la désertification et au silence qui s’est abattu dans nos villes et rues commerçantes. Parade, justement, voici un mot à double sens. Nous étions habitués à la parade des livres, aux étalages chatoyants, aux exhibitions de nos auteurs ou illustrateurs sous nos chapiteaux.

Nous voici obligés de trouver la parade à l’absence, à celle de nos clients, de nos visiteurs, du bip du scanner et du glissement du tiroir-caisse impatient.
 
LIBRAIRES: (dé)masqués !

Alors est venu le temps des visites virtuelles, des paquets que l’on dépose sur un trottoir, d’un appareil à carte bancaire que l’on tend au bout d’une perche. C’est la parade dans l’ombre d’un confinement, sûrement salvateur pour la santé des peuples, mais tellement injuste, sournois et même violent pour ces commerçants que sont les libraires.

Bien sûr l’État, les organismes et les diverses instances des mondes actifs du commerce, de l’emploi ou du livre ont annoncé des aides fort appropriées. Certaines arrivent, d’autres tardent. Mais toutes mesurent l’urgence d’agir et savent — ou ont découvert — la précarité financière de nombre de librairies, chaque année à la fin de l’hiver.

Il y a les libraires au vécu prospère, à la réputation affirmée et non usurpée. Il y a les libraires qui ont mis en vente leur affaire et s’inquiètent de leur avenir et aussi de la nouvelle valorisation de leur bien. Il y a les acquéreurs de librairies qui ont tout quitté pour changer de route et s’inquiètent pour leur avenir proche et leur investissement. Il y a aussi les courageux créateurs en pleine incertitude, qui se sont formés et continuent de structurer leur projet comme si cet insolent virus n’existait pas.

Et puis, il y a les nouveaux libraires qui sont légion et encore en enfance et en adolescence, certains n’accusant que quelques semaines d’existence au moment de la fermeture de leur bébé chéri. J’en ai dirigé, formé et accompagné des dizaines parmi eux, tout au long de ma carrière qui s’en va doucement vers l’absence. L’absence d’un milieu que je n’ai jamais quitté depuis la fin de mes études, d’un milieu si riche, mais si complexe, si valorisant, mais à si peu de valeur ajoutée, si contraignant mais si satisfaisant, si commerçant et si ensorcelant.

Oui, c’est le mot approprié. Il faut être victime de sorcellerie pour l’aimer à ce point quand il ne nous rend pas toujours la monnaie de notre pièce.
 
Alors, comment ne pas hurler à la vie, à la reconnaissance avec tous ces libraires qui subissent ce confinement, cette parenthèse d’incertitude, cette quasi-absence de vie, de rencontres, d’argent ? Aucun ne baisse les bras. Leur imagination est sans limites, leur courage est remarquable. Qu’ils reçoivent notre admiration, pas notre compassion.

Il est donc d’une nécessité absolue que confinement n’entraîne pas déconfiture et que déconfinement offre confitures et autres douceurs aux libraires, aux auteurs, aux éditeurs et à la foule magnifique des lecteurs.

Faire bien vivre notre monde des livres est, et sera très bientôt plus encore, notre rôle à tous. La conscience de cette volonté existe dans toutes les strates de cet univers, de l’auteur au lecteur ou à la collectivité. Ne l’oublions pas !

Déconfinement ne ressemblera jamais à déconfiture, jamais. S’y engager est un impératif.
 
Michel Deshors
Directeur du pôle formation/conseil
Book Conseil



Commentaires
Non je déconne. C'est le confinement qui me rend con. J'aime les libraires de ma librairie. En particulier le libraire du rayon roman noir qu'est bon de chez bon. Un gars à la Pulp Fiction qui t'amène en te poussant dans le dos dans le noir de noir profond américain et sud-africain, dégotant des pépites, des trucs de bas-fonds urbains et de grands espaces. Une tuerie.
Je ne vois pas pourquoi ils baisseraient les bras alors qu ils sont poussés et aidés par tous les éditeurs, distributeurs et auteurs.
Bravo à ce texte magnifique d'un grand professionnel passionné par son métier et par le goût de la transmission !

Que l'horizon s'éclaircisse enfin dès que possible pour nos amis les libraires...

CHRISTIAN NAUWELAERS
Faut arrêter avec ça, un libraire c'est qu'un commerçant, qu'un vendeur de livre, le reste (le conseil) c'est de l'enrobage, on s'en fout pas mal nous autres lecteurs. Et en plus, le libraire, il vend tout un tas de livres insipides qui viennent étouffer les rares chefs-d'œuvre édités, donc il ruine son propre commerce. Bref, le seul maillon de la chaîne du livre à revaloriser, c'est l'auteur (et l'illustrateur), voire l'éditeur, les 3 autres maillons (diffuseur, distributeur, libraire) sont juste des parasites qui font leur beurre sur le dos de l'auteur, et vous le savez tous, jouez pas les vierges effarouchées, c'est ridicule, vous êtes ridicules.
Non mais ça va pas ? "Le conseil, on s'en fout pas mal" !? Faut redescendre, mon gars. Les librairies sont fermées mais les dealers de crack travaillent encore, on dirait...
Confinement : enfermement dans certaines limites ( cf "aux confins de").On sait qu' un air confiné est un air malsain parce que non renouvelé en oxygène... Quant à "déconfiture", son origine est latine : "cum facere", le "de" privatif entraînant la ...défaite. Source : dictionnaire historique de la langue française.
Je ne commente que rarement les articles mais la je suis choqué de lire les commentaires de ce texte qui est l'expression d'un professionnel passionné.

Pour résumer ces commentaires, un libraire est un assisté, est inutile et un parasite... c'est scandaleux de dire cela. Pourquoi commenter pour transmettre autant de haine ? Surtout de personne qui semble ne pas connaître ce monde.

Bravo Monsieur pour cette liberté et ce texte !
Merci pour ce texte qui fait du bien à lire !!!
Un grand merci pour ce billet, qui remet de l'humain au milieu de cette avalanche de chiffres et prévisions economiques sombres qui nous tombent dessus chaque jour!



Et qui rappelle surtout utilement qu'à chaque maillon de la chaine du livre il y a de l'énergie, de la diversité...mais aussi de l'inquiétude et de la souffrance.



Merci donc de ce message et ce rappel!



Pour finir, quelques questions au lecteur qui s'insurge que l'on n'aide pas uniquement les auteurs.

(Au passage le billet ne dit nullement qu'il ne faut pas aider les auteurs...c'est évident qu'il faut le faire)



- A propos des libraires qui sont des parasites qui se gavent, connait-il les marges réalisées par les libraires sur la vente des livres?

Ce sont parmi les plus basses du commerce de détail!! Croyez moi, il vaut mieux-être opticien ou vendeur de téléphones portables que libraire lorsque gagner de l'argent est l'unique objectif...



-Et si les libraires et leurs conseils sont inutiles...où cette personne achete-t-elle ses livres?



Pas sur des plateformes marchandes d'humanistes tolérants et désintéressés qui, certes ne vous bassinent pas avec des conseils et des tables de nouveautés, mais font tourner des algorithmes et inondent les réseaux et médias de pubs j'espere??



Je ne peux pas le croire...wink
Merci à Sylvain pour son soutien à nos amis libraires.

J'avais été choqué,outré et offusqué par cette attaque sans queue ni tête (mais avec venin dont j'ignore les motivations...)d'un lecteur contre les libraires.

Opposer les libraires aux auteurs,c'est vouloir séparer le lait du café dans une tasse de café au lait...

Aberration !

Bonne chance pour la reprise du 11 mai (qui ne fait que débuter) en espérant que l'on s'approche de la fin du cauchemar présent (que je me refuse à appeler «période particulière»: on ne doit pas se payer de mots totalement inappropriés mais ce n'est que mon avis).
Ce que touche chaque maillon de la chaîne du livre sur la vente d'un bouquin :



- L'éditeur = 20 pour cent

- L'imprimeur = 10 pour cent

- Le diffuseur et le distributeur = 20 pour cent

- Le libraire = 35 pour cent

- L'Etat = 5 pour cent

- L'auteur = 10 pour cent (dans le meilleur des cas)



Je rappelle quand même que l'auteur a passé des mois, voire des années à écrire "gratuitement" son manuscrit.

Il est donc pour peut-être pour 70/80 pour cent dans la valeur réelle du livre... Pour moi il devrait toucher 20 pour cent de droits d'auteur. Moins c'est carrément indécent. Et tout le monde le sait bien dans la chaîne du livre, qui se gausse derrière son petit doigt. Qui accepterait un tel scandale, une telle injustice, parmi les autres maillons du livre...



Sinon, je n'ai rien contre les libraires.
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