Victoire, mais un peu tard, pour un libraire qui assimilait Trump au nazisme

Cécile Mazin - 14.11.2016

Edition - Librairies - Donald Trump librairie - vitrine alerte électeurs - protestation croix gammée


Les premiers pas timides du président Trump suscitent des réactions controversées. Dans tous les cas, l’ancien candidat draine toujours autant d’appréhension et de prises de position farouchement pour ou férocement contre. À l’image de cette librairie de New York...

 

 

 

Inquiring Minds est située à Saugerties, dans l’État de New York, et, durant des semaines avant le vote, sa devanture a servi de tribune anti-Trump... au grand déplaisir des soutiens locaux du candidat. Une grande affiche mêlant tout à la fois des livres sur Donald Trump et quelques essais politiques sur le nazisme, par exemple, tentaient d’alerter les électeurs. 

 

« Trump, Make America Hate Again ! » était d’ailleurs un message limpide pour tous les passants. À côté des titres concernant le candidat républicain, des ouvrages sur Adolf Hitler... pas vraiment du goût d’une partie de la population locale. Les critiques ont commencé à pleuvoir, alors qu’on l’accusait d’employer des symboles porteurs de haine – type Croix gammée, par exemple. 

 

Mieux : les partisans de Trump ont reproché au libraire qu’il puisse faire de l’argent en vendant des livres portant sur une personnalité qu’il détestait manifestement, le tout en profitant de ce que les symboles du génocide et de la haine pouvaient véhiculer. 

 

Le patron s’en est défendu, aisément : bien sûr, il vendrait les livres qu’il avait exposés, si on lui en faisait la demande, mais cette vitrine devait plutôt servir de reflet et de miroir, pour faire comprendre au public quel pouvait être le parallèle historique à faire. « Cet homme [Trump] est dangereux », assure-t-il. « J’ai eu le sentiment que c’était l’Allemagne nazie qui se reproduisait et je me suis senti obligé d’alerter ma communauté et les gens autour de moi, au fait que nous devions y prêter attention. »

 

Pas de chance, le message n’aura été que très partiellement entendu – ou compris. Car les rassemblements poursuit Brian Donoghue, des soutiens de Trump avaient quelque chose du néonazi. « J’ai vu la haine absolue, la haine dans leur cœur, et cela m’a inquiété pour ma famille. »

 

Les autorités n’ont pas mis longtemps à s’en mêler, et le conseil d’administration de la ville n’a pas attendu beaucoup avant de chercher à faire interdire la vitrine, et les symboles qu’elle exposait. Depuis octobre, le libraire était gentiment harcelé, au point qu’une chaîne humaine se soit constituée autour de sa boutique, pour dénoncer le recours à ces éléments. 

 

 

 

Cependant, après plusieurs semaines de résistance, et quelques jours avant l’élection, le libraire a fini par remporter son combat. « Je m’attendais à une certaine hostilité, mais pas à l’intensité de leur réponse. Le niveau d’acrimonie dirigé contre ma famille et moi fut troublant », assure-t-il. 

 

Avec le soutien de l’American Booksellers Association, la librairie a remporté le conflit qui l’opposait aux autorités municipales et put conserver sa vitrine. D’autant que la ligue Anti-Diffamation de New York lui était tombée dessus, pour accuser la devanture de tous les maux...

 

via Bookweb, Daily Freeman