Vie à l'Est côté Mur : émergence d'un personnage trouble, la Securitate

Cristina Hermeziu - 06.10.2014

Edition - Société - Roumanie révolution - surveillance sécurité - personnage littéraire


Année historique qui voit tomber le rideau de fer en Europe, 1989 fait date également dans l'histoire de la littérature européenne, en général, roumaine en l'occurrence. C'est un thème impensable il y a 25 ans, qui s'empare de l'imaginaire des écrivains comme une nécessité troublante. Au moins trois des romans roumains contemporains traduits en français à ce jour ont un personnage en commun, celui du spectre inéluctable de l'époque : la Securitate, la milice politique répressive du parti unique. 


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Dimitri dF, CC BY ND NC 2.0

 

 

Situation provisoire de Gabriela Adameşteanu (Gallimard, traduit par Nicolas Cavaillès), La vie et les faits d'Ilie Cazane de Răzvan Rădulescu (Zulma, traduit par Philippe Loubière) et Matei Brunul de Lucian Dan Teodorovici (Gaia, traduit par Laure Hinckel) plongent dans la vie que les Roumains mènent, à l'Est, côté mur. Le Mur est idéologique et répressif au quotidien. 

 

On est en Roumanie, dans les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale. Comme d'autres nations, les Roumains ont d'abord choisi Hitler et après Staline. Ils en ont pâti : des deux choix, aucun n'est convenable.

 

Les romanciers d'aujourd'hui non seulement s'en inspirent, mieux, ils en sont hantés : l'époque est gangrenée, rongée par la peur, la cupidité, les abus. Peur du passé – d'être rattrapé par l'héritage bourgeois de la famille, ce que l'on nommait « avoir un mauvais dossier ». Peur de l'avenir, de ne pas s'insérer suffisamment dans le système du parti unique qui concède emplois, logements, carrières et privilèges, et parfois des voyages à l'étranger. 

 

Tandis que le corset idéologique se mue en dictature, les gens vivent. Ils s'accommodent à travers lâchetés et alliances, bravoures et suspicions, débrouillardise et laisser-faire. Ils ont une vie à vivre et ils vivent leur vie pleinement. En cachette, en duplicité, et au grand jour. 

 

Chacun, parmi les trois écrivains cités, procède, avec talent et singularité, d'un choix esthétique et philosophique différent, qui fait toute la richesse et l'allégresse d'un thème lourd et universel, la vie sous la dictature. Il s'agit de l'érotisme politisé chez Gabriela Adameşteanu, du surnaturel ironique chez Răzvan Rădulescu et de la poétique de l'oubli chez Lucian Dan Teodorovici. 

 

Retrouver la chroinique de Gabriela Adameşteanu, Situation provisoire