“Vie sauve pour Fayad Ashraf“, rassemblement le 14 janvier

Cécile Mazin - 09.01.2016

Edition - Société - Fayad Ashraf - poète palestienien - Arabie saoudite justice


Une grande mobilisation est attendue ce 14 janvier, à midi : à l’initiative du Printemps des poètes et de la Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne, un rassemblement en hommage à Fayad Ashraf aura lieu. Ce poète palestinien a été condamné à mort en Arabie saoudite, pour des textes dans lesquels il affirme renoncer à sa foi. L’apostasie, ou la Stasi aura ta peau. 

 

Fayad_Ashraf_mort_arabie_saoudite_poésie

 

 

« Je suis sous le choc, mais c’était prévisible. Je n’ai cependant rien fait pour mériter la mort », assurait le poète en apprenant sa condamnation, fin novembre 2015. À ce moment, plusieurs organisations internationales, d’auteurs, ou de protection des droits de l’homme, s’étaient indignées.  

 

« Nous, poètes du monde entier, sommes consternés que les autorités saoudiennes condamnent à mort le poète Palestine Ashraf Fayad, pour apostasie. [...] Ce n’est pas un crime que d’avoir une idée, aussi impopulaire soit-elle, ni un crime d’exprimer une opinion, en toute quiétude. Chaque individu a la liberté de croire ou de ne pas croire. La liberté de conscience est une liberté humaine essentielle. » La mise à mort de Fayad attestait de « l’absence, en Arabie Saoudite, de tolérance pour la liberté d’expression, et de la persécution continue des libres penseurs ».

 

Rien n’y fit : le tribunal avait rendu son verdict : l’apostasie est passible de la peine de mort, il en sera donc ainsi. Notons que quelques semaines plus tard, l’Arabie saoudite brillait de nouveau pour son sens de la justice : le pays condamnait, mais à quatre ans de prison cette fois, un romancier de 62 ans, avec une peine de 15 années d’interdiction d’écrire. Lui étaient reprochées des prises de position et de parole trop réformatrices.

 

Pour Fayad Ashraf, quatre personnalités poétiques se sont associées aux intellectuels et artistes déjà mobilisés, comme Juliette Binoche, Tahar Ben Jelloun, André Velter, Tahar Bekri, Abdellatif Laâbi.

 

Une journée de rassemblement internationale

 

Né à Gaza en 1980, Fayad Ashraf vit depuis plusieurs années en Arabie saoudite. Il avait d’ailleurs représenté le pays à l’occasion de la Biénnale de Venise en 2013. Sa condamnation à mort intervient après une première sanction de quatre années de prison, avec 800 coups de fouet. Il avait été mis en détention pour blasphème en 2013, et relâché, avant d’être une nouvelle fois interpellé en janvier 2014, et de passer près d’un mois en prison.

 

« La Cour d’appel considérant que le repentir ne suffit pas et que le pardon ne peut être accordé que par Dieu, décide alors de le renvoyer devant le Tribunal général d’Abha. Celui le condamne à mort par décapitation le 17 novembre dernier. Depuis son arrestation, on lui a retiré sa carte d’identité et il n’a pas pu s’entretenir avec un avocat. (Il avait jusqu’au 17 décembre pour faire appel) », indiquent les organisateurs – Jean-Pierre Combes, directeur de la Biénnale internationale des poètes, Jean-Pierre Siméon, directeur du Printemps des poètes, Yves Boudier, président du Marché de la poésie, Jean-Luc Despax, président du Pen club français.

 

Une pétition avec plus de 266.000 signatures est disponible.

 

Le rassemblement se tiendra à Paris, au 31 rue des Abbesses, mais également à Marseille, à Strasbourg. On peut également retrouver d’autres poèmes de Fayad Ashraf à cette adresse.

 


Le remède

Tu démentiras toutes les informations
les revues de presse
les analyses des spécialistes
en dernier cri de la mode
Tu n’abuseras pas du sommeil
et du téléphone portable
Tu t’exerceras un peu
à la mort
Tu te débarrasseras de toutes les photos
que tu as gardées de ton enfance
de ton adolescence, de ta pauvreté
de ton ex-aimée
des contes de ta grand-mère
et de tes virées nocturnes
pour t’attaquer
à certaines prétendues vertus
Tu utiliseras de l’eau chaude pour ta douche
et te laveras les pieds
chaque fois que tu ôteras tes chaussettes
Tu feras tiennes les expériences
de ceux qui viendront après toi
Tu écriras ton nom à l’envers sur le miroir
Tu mangeras avec la main droite
et laisseras le reste
à ceux qui méritent plus que toi
ta bouchée trempée dans
le pétrole

 

Poème traduit de l’arabe par le poète marocain Abdellatif Laâbi extrait du recueil « Instructions internes », publié en 2007, chez Dar al Farabi, Beyrouth.)