Vincent Bolloré : Vivendi, l'éditeur capable d'aider les auteurs dans le besoin

Clément Solym - 22.06.2016

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Ce 22 juin, Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance de Vivendi et du groupe Canal + était donc auditionné par le Sénat. La Commission de la Culture, de l’éducation et de la communication s’intéressait aux positions de l’industriel. Aujourd’hui à la tête d’un empire médiatique non négligeable, il venait avant tout donner des nouvelles de la chaîne cryptée. 

 

 

 

Mais quand on l’interroge sur la littérature, Vincent Bolloré ne peut manquer l’occasion. « D’abord, ma mère a été pendant cinquante ans lectrice chez Gallimard donc j’ai reçu une éducation où le livre compte beaucoup. » Et de revenir sur les liens entre le groupe et l’industrie du livre. « Vivendi était le premier éditeur de livre, et puis, comme vous le savez, la période que j’ai décrite tout à l’heure a fait que Vivendi est sorti du livre. »

 

Sorti, et pas qu’un peu : en réalité, fin 2002, Vivendi Universal dut revendre sa filiale Vivendi Universal Publishing au groupe Lagardère SCA, parce que la firme avait besoin d’argent pour consolider d’autres secteurs – sa participation dans Cegetel, mais également obtenir une position majoritaire chez SFR.

 

Sauf que le rachat ne va pas se passer sans remous. En effet, la filiale va être éclatée peu de temps après, avec la constitution d’un groupe, Editis, quand l’autre ira dans le giron de Hachette. La Commission européenne n’avait en effet autorisé le groupe Hachette à ne conserver qu’une partie des actifs de l’ex VUP. De la sorte, Larousse, Dalloz, Dunod, ainsi que Armand Collin, Sedes ou encore Nathan Université seront repris – soit 40 %. Le reste sera refondu pour donner le groupe Editis, créé en janvier 2014, et que le fonds d’investissement Wendel rachètera quelque neuf mois plus tard. 

 

Cette opération aura été longuement contestée par la maison Odile Jacob qui a porté l’affaire devant les tribunaux européens. Définitivement déboutée dans sa procédure en janvier 2016, la maison contestait le choix de Lagardère, au détriment de sa société, pour le rachat des actifs de VUP.

 

Un grand groupe d'édition, essentiel pour des auteurs sans le sou

 

Vivendi sortit, donc, et « [j]e peux vous dire qu’Arnaud Puyfontaine [président du directoire de Vivendi, NdR] ne pense qu’à une chose, c’est y rentrer. Et en ce qui me concerne, je l’appuierai dans sa démarche. Parce que je pense que c’est un élément essentiel pour les contenus. Et à côté de quelques auteurs, qui gagnent beaucoup d’argent, il y en a beaucoup, qui, malheureusement, auraient besoin d’un grand groupe », certifie Vincent Bolloré.

 

La générosité d’un possible grand groupe n’a pas de limites. Et sollicité sur la question d’un équilibre entre culture et profit, Vincent Bolloré poursuit : un groupe puissant serait-il contre-productif, voire dangereux pour la culture ? « Je pense que c’est l’inverse. Je pense que c’est en développant cette culture que vous deviendrez puissant et deviendrez rentable. Vous avez énormément d’auteurs, d’acteurs, d’écrivains, d’artistes divers, qui ont des talents et qui ne peuvent pas les exprimer. Et c’est le rôle d’un grand groupe comme Vivendi, s’il est puissant, s’il a cette capacité à les présenter dans le monde entier, qui permettra de concilier les deux éléments. Défendons le patrimoine, mais en plus gagnons de l’argent pour défendre ce patrimoine. »

 

D’ailleurs, Vivendi est en train de lancer une aide portant sur un certain nombre de domaines. Elle repose sur des accords qui aideront les auteurs. « Il y aura des cases réservées aux nouveaux talents », garantit Vincent Bolloré. « Donc je ne crois pas qu’il faille que le Sénat et les parlementaires puissent croire qu’il y a une opposition entre le développement de la culture et les profits. Je pense que les deux vont ensemble, et c’est parce que vous aurez un avantage sur les autres que vous ferez des profits. »

 

Combattre les Américains sur des films d’action est irréalisable, poursuit-il. De même que les Asiatiques sont inattaquables « sur les mangas et leurs spécialités. Vous pouvez les combattre sur ce que l’on a de plus fort, notre patrimoine. Ce n’est pas un hasard si la France est encore la première destination touristique du monde ». 

 

On se grattera longtemps la tempe à vouloir comprendre si les nouveaux talents font déjà partie des vieilles pierres ou non. Mais il semble bien que tout cela aille dans un joli sac, dûment ficelé.

 

Au sein du Groupe Vivendi, on étudie donc le passé, et l’évolution de ce passé, sous les formes de création qu’il prend aujourd’hui. « Et c’est ça qui plaît aux étrangers : c’est au milieu du Louvre, on fait une pyramide. Au milieu d’un endroit particulier du Vieux Paris, on fait Beaubourg... sous les cris des gens au moment où on les construit. [...] C’est notre force. »

 

Une force que le grand patron estime avoir retrouvée dans les médias étrangers, après les attentats. De l’extérieur, on disait aimer Paris, « parce que l’on peut s’asseoir à un café, on peut voir des gens qui écrivent dans un coin. Et je crois que Vivendi c’est ça, c’est justement le cumul de la défense de cet esprit français, de cette culture, de l’évolution que nous pouvons mettre en œuvre, et la réussite économique »

 

 

 

N’oublions pas que pour qu’un grand groupe puisse investir et faire fructifier la culture, il importe avant tout qu’il puisse compter sur un réseau de distribution solide. Et à ce titre, la prise de participation de Vivendi dans le capital de Fnac n’est probablement pas anecdotique. Bien sûr, il y avait dans la balance le rachat de Darty, mais certainement pas que...

 

En avril dernier, Vincent Bolloré annonçait en effet le rachat de 15 % du capital de Fnac, avec une augmentation de capital qui s’élèvera à 159 millions €, soit 54 euros par action. « L’entrée de Vivendi au capital de Fnac permettra de doter la Fnac de moyens supplémentaires pour mettre en œuvre ses plans de développement et de croissance externe », assurait le communiqué de Fnac...