Vincent Monadé : “L’auteur est la matière première d’un salon ou d’un festival”

Nicolas Gary - 05.03.2018

Edition - Société - salon livre Paris - livre Paris auteurs - rémunération auteurs salon


« Ce n’est pas une révolte, sire, c’est une révolution. » Scandalisés de se voir proposer de la visibilité contre leur présence et l’animation qu’ils apportent, les auteurs se rebellent contre Livre Paris. La manifestation parisienne tente de colmater les brèches, mais ne parvient pas à convaincre, fût-ce de ses bonnes intentions.


Livre Paris 2016
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Après la campagne menée par la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, rejoints par le SNAC BD et la Société des Gens de Lettres, ActuaLitté a sollicité Vincent Monadé, président du Centre national du livre. Ce dernier répond à nos questions, rappelant l’enjeu majeur : sans auteur, pas de livre, pas de lecteurs, pas de salons...

 

 

ActuaLitté : Quelle est la politique que préconise le CNL en matière de rémunération des auteurs sur les salons ?

 

Vincent Monadé : Dans tous les salons et festivals qu’il subventionne, le CNL demande aux organisateurs de rémunérer tous les auteurs qui interviennent en rencontre selon les tarifs qu’il a définis, et qui s’inspirent de ceux retenus par la Charte des Auteurs et illustrateurs jeunesse voici plusieurs années.

 

La mise en œuvre de cette mesure a pris un an. Elle est aujourd’hui acceptée par tous. Le CNL ne demande pas la rémunération des dédicaces. 

 

Une vague de protestation, cristallisée autour de #PayeTonAuteur, a surgi voilà 4 jours : comment l’analysez-vous ?

 

Vincent Monadé : La réforme portée par le CNL sous mon impulsion a sans doute changé le regard que portent les auteurs sur leurs interventions dans les salons et festivals. Il s’agit certes de promotion de l’auteur par lui-même, l’auteur étant devenu l’acteur de son œuvre, avec une exigence du public pour des rencontres « en vrai » au cours desquelles il peut entendre la parole de l’auteur.

Mais l’auteur participe aussi de la promotion des organisateurs, car ceux-ci mettent en avant, pour faire venir du public, les auteurs qui ont accepté de venir au festival, de celle des libraires présents sur les salons, car leurs ventes se font grâce aux auteurs en dédicace et de celle des éditeurs qui vendent des livres au cours de ces manifestations. 

 

L’auteur est la matière première d’un salon ou d’un festival, celui qui donne sens à la manifestation. Sans lui, pas d’évènement. Il me paraît donc naturel qu’il soit rémunéré pour ce qui demeure un travail. 

 

Par ailleurs, l’émergence de mouvements comme les États généraux de la BD, le rôle du SNAC-BD dans les discussions longues que nous avons eues l’année dernière autour de l’avenir du festival d’Angoulême, les négociations conduites par le Conseil permanent des Ecrivains et la SGDL, sous l’impulsion de Marie Sellier et de Valentine Goby, avec les éditeurs sur les questions contractuelles ont sans doute contribué à l’émergence d’une conscience collective chez les auteurs, une compréhension des combats communs qu’ils pouvaient mener. 



illustration © Sandrine Bonini
 

 

On assiste aujourd’hui, j’en ai la conviction, à une phase inédite de structuration des auteurs, sous l’impulsion de ces acteurs et de la Charte. Elle n’est pas encore parvenue à son terme, et les réseaux sociaux sont une caisse de résonnance inédite. L’auteur a toujours été seul dans la création et c’est sans doute ce qui rendait difficile l’organisation collective. Il le reste, mais aujourd’hui il peut, via les réseaux sociaux, discuter avec d’autres auteurs pour porter, ensemble, des combats communs.

 

Aujourd’hui, Livre Paris peut-il se targuer d’être exemplaire en allant à contre-courant de la réforme impulsée par le CNL ?

 

Vincent Monadé : Le CNL ne finance pas Livre Paris. Il en est le client. Il loue un stand aux organisateurs, propose sa propre programmation et rémunère tous les intervenants des rencontres et débats qu’il organise sur son stand. Le Salon ne perçoit pas de subventions publiques et, donc, le CNL ne peut s’immiscer dans l’organisation d’un évènement purement privé. 

 

Depuis plusieurs années, Livre Paris a évolué et mis en œuvre une programmation riche et diversifiée qui participe du succès de l’évènement. Tous les auteurs qui interviennent sur les stands jeunesse et Young Adult sont rémunérés. Pierre Dutilleul, le délégué général du SNE, a été très clair sur ce point. Je ne considère donc pas que Livre Paris aille à contre-courant de la réforme impulsée par le CNL, mais que le salon est sur le chemin d’une rémunération de tous les auteurs intervenant en rencontres.
 

Boycott, auteurs indignés :
insurrection générale contre Livre Paris


C’est la volonté des éditeurs du SNE, je le crois, d’y parvenir et ils agissent en ce sens dans le cadre de leurs propres discussions avec l’organisateur du Salon, REED expositions.

 

C’est une marche en avant et, si tout n’est pas encore parfait, elle va dans le bon sens. Je suis prêt, pour ce qui me concerne, à étudier avec le SNE les conditions d’un soutien du CNL à la rémunération de tous les auteurs dès 2019, comme nous participions, autrefois, à l’invitation des auteurs du pays à l’honneur (ce qui n’est plus le cas). Parce que je crois que la réforme que nous avons initiée en 2016, et qui a été soutenue par le bureau du SNE et ses représentants au CA du CNL, Vincent Montagne, Antoine Gallimard et Francis Esménard, est juste.

 


Commentaires

"Tous les auteurs qui interviennent sur les stands jeunesse et Young Adult sont rémunérés." C'est faux!

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