Violences à Naples : désespoir et Covid, la voie royale pour la mafia, selon Saviano

Nicolas Gary - 26.10.2020

Edition - International - Naples manifestations violences - lassitude peuples gouvernement - crise sanitaire Covid


Les manifestations survenues à Naples reflètent un malaise social grandissant, constate l’écrivain Roberto Saviano. Protestant au départ contre le couvre-feu, et réunissant quelques centaines de personnes, elles ont fini par dériver gravement. Survenues dans la nuit du 23 au 24 octobre, à différents endroits de la ville, elles ont abouti à des affrontements violents. Un sombre prélude, estime Saviano…


 

Dans une vidéo diffusée sur FanPage, l’écrivain napolitain est amer : « La camorra [mafia napolitaine, Ndlr] l’emporte depuis le confinement. » Les manifestants ne l’auraient pas aussi fermement assuré : ils descendaient au départ dans la rue pour témoigner de leur inquiétude, de l’absence des institutions, voire d’un plan en mesure de protéger les activités des commerçants. 
 

Le pays pris en étau


Dans plusieurs régions du Bel Paese — Lombardie, Latium, Piémont, ou encore Campanie, où se trouve Naples — un couvre-feu avec fermeture des boutiques a été décidé. Et ce, parfois à la demande de maires des différentes communes concernées au sein du territoire.

Ces protestations, au commencement pacifiques, n'en reflétaient alors que le désarroi. Mais elles ont rapidement été gangrénées par des groupes ultras, des personnes sans masques, hurlant leurs convictions complotistes : la Covid comme invention de Big Pharma, la culpabilité de la Chine, les questions liées à la 5G — ne manquaient manifestement que les chemtrails, ces trainées que laissent les avions dans le ciel, accusées de tous les maux…


 
 

Méfiance et suspicions


Cependant, analyse Saviano, assimiler tout cela à un simple problème d’ordre public serait réducteur. Et dangereux. « Ce qui se passe, c’est que la situation est dramatique : pas seulement à cause de la pandémie, mais surtout du fait d’une politique inadéquate. » Et de pointer le rôle de Vincenzo de Luca, président de la région Campanie. « Au cours des cinq dernières années, il a démantelé la santé et maintenant, il ne peut plus que redouter les conséquences de ses actes. »

À mesure que le nombre de cas augmente, et que les hospitalisations reprennent, les Italiens prennent légitimement peur. 

Mais le gouvernement italien en prend tout autant pour son grade : ayant plaidé l’ignorance et le désarroi que la pandémie a engendrés, il réclame la collaboration de tous. Sans questionnement. Or, la droite populiste s’est pendant toute la période efforcée de répandre « la défiance vis-à-vis des analyses scientifiques », dénonce Saviano. Et ce, quand le gouvernement peinait à élaborer un plan global.

Avec pour conséquence, tout particulièrement dans la région napolitaine, que la camorra fait des émules, et sort consolidée, plus dynamique. Il ajoute que « toute la détresse du sud de l’Italie éclate. Les économies, cette fois, ne suffiront pas à résister à une seconde vague de fermetures ». La mafia peut se frotter les mains : « Plus la structure économique s’érode, plus ils gagnent de terrain… »

Dans ce contexte est publié le dernier essai du journaliste, GridaloCrie-le ou Dénonce-le qui traite justement des mécanismes de censure, mais plus encore de manipulation des masses…

Opportunité promotionnelle ? Quand on connaît le personnage, on sait combien son combat contre les organisations criminelles le met à l’écart de tout soupçon de ce genre. Particulièrement quand il pose sur ses concitoyens un regard aussi désabusé, et lucide, estimant que les gens « sont poussés au désespoir. Et nous devons nous y pencher pour comprendre l’insurrection napolitaine. Ensuite, nous n’aurons plus qu’à nous attendre à de nouveaux soulèvements. Ils reviendront ». 
 

Une vague qui se propagera en Europe


Sinistres perspectives pour l’Italie, prophéties dignes d’une Cassandre que Roberto Saviano formule… « Le pays est fatigué de voir des virologues se disputer, les journaux qui disent tout et son contraire au nom de la science. Et surtout, une gigantesque incapacité administrative. Voilà ce qui se passera. Aujourd’hui à Naples, demain dans le reste de l’Europe. »

Des poussées de colère, de lassitude, d’incompréhension… Funeste paysage. Parmi les revendications portées par les commerçants dont l’activité sera sanctionnée par les mesures, celle, limpide : « Si tu fermes, tu payes », attestant qu’aucune indemnisation ne serait pour l’heure envisagée. Vincezo de Luca, pour sa part, réclame un confinement national — appelé lockdown en Italie. 

Selon les autorités, les événements à Naples ont duré jusqu’à 5 heures du matin, avec de multiples incendies de poubelles, jets de fumigènes et projectiles divers à destination des forces de police. Des appels à la révolte qui grondaient depuis les réseaux sociaux, y compris dans les villes de Rome ou Milan.

Le gouvernement, de son côté, prépare pour cette semaine de nouvelles mesures.


Commentaires
« « Le pays est fatigué de voir des virologues se disputer, les journaux qui disent tout et son contraire au nom de la science. Et surtout, une gigantesque incapacité administrative. Voilà ce qui se passera. Aujourd’hui à Naples, demain dans le reste de l’Europe. »

Amusante formule que l'on pourrait appliquer mot pour mot à... la France.

Attention à ne pas lire cet article à l'aune du ressenti français. Le Bel Paese n'a pas du tout réagi comme la France. S'ils ont connu des temps difficiles (surtout dans les provinces riches et donc mondialistes), le pays a connu une unité d'action comme personne n'en a connu, et sans doute peu dans le reste du monde.

Jusqu'à aujourd'hui, la discipline était le maître-mot. La politique était globalement cohérente (avec juste une erreur pour l'ouverture des discothèques cet été) et le pays entier emboîtait le pas avec une excellente rigueur : masque, gel, distanciation, etc.

Certes, le pays a connu un pic dramatique, mais cela l'a motivé par la suite à ne rien lâcher.

Or, que constate-on aujourd'hui là-bas ? Que malgré une politique de rigueur, le gouvernement depuis quelques semaines suit les directives du monde (je pense à cause des conditions pour obtenir les fameux « edge funds » (les Italiens sont encore plus cons que les Français avec les anglicismes), les milliards promis par l'Europe). Du coup, d'une politique cohérente globale et STABLE, les italiens sont passés comme les Français (mais eux s'en foutent : ils n'ont connu que cela) à une politique à la petite semaine, où tout évolue chaque jour, sans bon sens (interdiction des restaus, mais transport en commun plein à craquer).

Or, les Italiens sont comme tout le monde : quand on les prend trop ouvertement pour des cons, ils n'aiment pas cela.

À noter qu'ils étaient d'ordinaire indifférents aux turpitudes politiciennes italiennes, partant du principe que leur système était ingouvernable, pour ne pas dire incompréhensible. La révolte n'est pas dans leur gêne et ils trouvaient fascinant les « gilets jaunes ».

Une page vient de se tourner en Italie : pour la première fois, des Italiens manifestent (et de façon violente). Bien sûr, le phénomène black-box se greffe par dessus grâce à la mondialisation pour récupérer le mouvement, mais les premiers manifestants étaient des petites gens... comme pour les gilets jaunes.

Le monde d'après sera peut-être différent, si un pays aussi frileux au changement que l'Italie, se met en mouvement.
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