Violences sexuelles et sexisme : dans l'édition, “l'ère du silence est terminée”

Clara Vincent - 06.02.2020

Edition - Société - Tribune édition auteurs - Affaire Gabriel Matzneff - sexisme fin omerta


La publication du livre Le Consentement, par l'auteure et éditrice Vanessa Springora, le 2 janvier dernier chez Grasset, a largement fait trembler le monde de l’édition, et il y a de quoi. Dans une tribune rédigée par l’auteure Caroline Laurent et publiée ce jeudi 6 février sur France Info, écrivains, éditeurs, traducteurs et journalistes — parmi lesquels Cécile Coulon, David Foenkinos, Léonora Miano et Jerôme Attal, pour ne citer qu’eux — sont catégoriques : « L’ère du silence est terminée. »
 
Ithmus - (CC BY 2.0)


Après le milieu du cinéma avec l’éclatement de l’affaire Weinstein, et tout récemment encore les accusations d’agressions sexuelles dans le monde du sport, nombreuses sont les femmes, quel que soient leur milieu professionnel, qui entendent bien mettre un terme à l’omerta qui pèse dans la société autour des violences sexuelles et sexistes. Signe d’une domination masculine qui n’a pas lieu d’être, le temps est venu de remettre à plat le rapport de force et de briser le silence. 

C'est précisément ce que les signataires de la tribune parue ce jeudi 6 février sur France Info ont voulu signifier à l'endroit du milieu littéraire. Partant du scandale provoqué dans le monde de l’édition par la publication du Consentement, dans lequel Vanessa Springora revient sur sa relation sous emprise avec l’écrivain Gabriel Matzneff alors qu’elle n’avait que 13 ans et lui 50, pour eux, le constat est on ne peut plus clair : il s’agit bien là d'« une affaire nationale et non de remous propres au seul milieu littéraire ».

Aussi, estiment-ils, à travers l’exemple Matzneff, c’est non seulement la nécessité de punir les actes de pédocriminalité qu'il s'agit de considérer, mais aussi la tendance à la minimisation dirigée à l'égard des femmes, « toujours ramenées au statut d’éternelles mineures » lorsque celles-ci sont amenées à faire part de leur expérience.
 

« Le cas Matzneff a suscité l’indignation. On aurait pu attendre qu’il soulève des interrogations plus larges sur les violences sexuelles et sexistes dans l’édition. On a davantage entendu les réactions hostiles de certains. “N’en fait-on pas un peu trop ?” “La censure a-t-elle repris du service ?” “Ne cherche-t-on pas à moraliser, donc à tuer la littérature ?” Notre société serait entrée dans le règne du puritanisme et de la dénonciation, #balancetonporc oblige. Le malaise est palpable. »  


Bien que le milieu de l’édition soit aujourd'hui en majeure partie composé de femmes (75 % de la totalité des effectifs selon les chiffres de 2016), les signataires de la tribune signalent que cette réalité n’est pas pour autant le signe d’un changement de mentalité ayant définitivement mis fin au sexisme.

Bien au contraire… Car si le silence a pu jusqu’à ce jour peser sur le milieu de l’édition, comme dans d’autres secteurs, c'est que cela, estiment-ils, est la résultante d’un problème d’ordre systémique : « Le sexisme est l’une des conséquences d’un système général délétère, qui repose sur le pouvoir, le symbole et l’argent. »
 
Ordre qu'il est désormais temps de renverser. Depuis l’affaire Weinstein et la déferlante du mouvement #MeToo, la libération de la parole des femmes est la première manifestation d'un changement de paradigme, indiquent les signataires : « En s’opposant enfin à leur désintégration physique, psychologique et professionnelle, les femmes sont en train d’éduquer la société des hommes. »

Rappelant que « la réalité se façonne dans le langage, il est temps de bousculer le lexique » affirment-ils, avant de conclure, de manière ferme et concise : « L’ère du silence est terminée. »

Dans une enquête d’octobre 2017, ActuaLitté avait déjà sollicité les différentes organisations professionnelles. Les condamnations étaient unanimes, estimant que l’industrie du livre n’avait aucune raison d’échapper, hélas, à ce fléau. Mais en l’état, aucune structure professionnelle n’avait été saisie par des victimes.


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