Violent conflit entre les actionnaires de Saraiva, plus grand libraire du Brésil

Clément Solym - 15.07.2016

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La plus importante chaîne de librairie du Brésil est au cœur d’une bataille juridico-financière désastreuse. Les magasins Saraiva ont perdu 88 % de leur valeur en l’espace de cinq années, plus d’un siècle après que le grand-père de l’actuel héritier a fondé l’entreprise. Une lutte acharnée impliquant les différents actionnaires fait actuellement tomber la foudre sur la société.

 

Saraiva

Cristina Souza, CC BY 2.0

 

 

À 102 ans, on estime certainement avoir passé certains caps. Pourtant, le directeur général de Saraiva SA Livreiros Editores, Jorge Saraiva Neto, est accusé par l’actionnaire GWI Asset Management d’avoir amené les établissements au bord de la faillite. On parle de rémunération excessive pour les cadres, d’insolvabilité, et d’une incompétence générale qui a conduit à des pertes de plus en plus importantes. 

 

Au premier trimestre 2016, l’entreprise a affiché un bénéfice de 266.000 réaux, contre 9 millions de réaux pour la même période de 2015 (73 k€ contre 2,48 millions €). Pourtant, entre janvier et mars, l’entreprise a enregistré une hausse de 1,2 % de ses revenus, à 505 millions de réaux (139,5 millions €). 

 

Ainsi, l’idée qu’un bonus à l’équipe de gestion pour un montant de 3,4 millions de réaux (près de 780.000 €) ait été accordé, n’a pas vraiment été digérée. 

 

Au cours de l’année 2016, le fonds que gère GWI, le plus ancien de son portefeuille, a perdu 7,8 % de sa valeur. 

 

Mais le directeur général a du répondant : il a riposté en accusant GWI de se livrer à la manipulation des actions. Il demande que les droits de cet investisseur, en tant qu’actionnaire, soient révoqués. C’est donc devant les tribunaux brésiliens que le sort des établissements se jouera. 

 

Bataille juridique et crise économique en perspective

 

« La famille aux commandes est fortement critiquée par les actionnaires minoritaires, pour son manque de restructurations de l’entreprise. Nous ne savons pas où ce drame va se terminer et nous recommandons aux gens de garder une distance de sécurité concernant les actions » , explique Bruce Barbosa, analyste pour le cabinet Empiricus Research, rapporte Bloomberg.

 

Alors que GWI a tenté de convoquer une assemblée générale extraordinaire des actionnaires, en exposant les mesures impératives pour faire sortir l’entreprise du gouffre, l’AGE a été immédiatement suspendue, suite à l’obtention d’une injonction du tribunal. Prévue pour le 16 juillet, elle a finalement été reportée au 25. 

 

Rappelons enfin que, depuis 2014, la chaîne Saraiva mène une lutte sévère conter le géant Amazon, mais également Rakuten, sur le domaine numérique. L’implantation des deux opérateurs américain et japonais a poussé Saraiva à se lancer dans un partenariat avec le Français Bookeen. Depuis août 2014, une liseuse maison, baptisée LEV, est proposée dans les magasins. 

 

Araken Gomes Ribeiro, coordinateur du réseau lusophone de l’Alliance des éditeurs indépendants, faisait, pour sa part, état d’une situation commerciale déjà délicate dans le pays. Dans un entretien accordé à ActuaLitté l’an passé, il expliquait : « Le livre va toujours mal au Brésil. Historiquement, le livre va mal. Donc ça, c’est acquis. »

 

Le conflit en cours ne devrait donc étonner personne.