Virgin : direction déçue et "indécence" de Lagardère pour les syndicats

Clément Solym - 08.04.2013

Edition - Librairies - Lagardère - offre de reprises - magasins Virgin


Finalement, les offres de reprises pour les magasins Virgin ont largement déçu, et dans l'intersyndicale, on peine à croire ce que l'on a appris. Mais du côté de la direction, ce n'est pas mieux : Christine Mondollot, l'actuelle présidente de l'enseigne ne cache pas sa déception, devant les cinq offres déposées. 

 

 

Virgin Mégastore - soutien aux salariés

Crédit ActuaLitté (CC BY NC-SA 2.0)

 

 

Sollicitée par l'AFP, la présidente déplore un désintérêt de la part des professionnels : « Cinq offres, dont quatre franco-françaises et une émanant d'une marque mondiale, ont été déposées. Aucune n'est issue des gens de notre profession [...] je suis très déçue. » Pour l'heure, aucune décision, bien évidemment, mais pour les 960 salariés des 26 établissements, l'heure est bien triste. 

 

« C'est catastrophique », nous explique Sylvain Alias du syndicat Culture Sud. « La seule offre intéressante, vient de Rougier & Plé, qui est une chaîne proposant des loisirs créatifs, matériel de peinture, etc. » Seul candidat global, il en fait même disparaître le label Naïve et Patrick Zelnik, qui avait été parmi les premiers à manifester son intérêt pour la chaîne Virgin. Son offre de souk culturel avait d'ailleurs de quoi séduire, mais selon les syndicats, le tour de table n'a pas été assez profitable pour réunir les capitaux nécessaires. 

 

Reste alors que M. Zelnik en avait appelé à l'État pour faciliter la reprise de l'enseigne, et qu'à ce titre, personne dans les différents ministères ne s'est encore signalé. À croire que le grand souk culturel n'avait pas fait l'unanimité chez les politiques. De son côté, Rougier & Plé ne propose cependant que la reprise de 11 établissements, avec 285 salariés, souligne l'intersyndicale CFTC, CFE-CGC, CGT, FO et SUD. Les établissements sont situés à Rennes, Plan de Campagne, Dunkerque, Grands Boulevards, Avignon, La Défense-RER, Nice, Barbès, Carré-Sénart, Saint-Quentin. 

 

«Il y a par ailleurs un projet de reprise pour le magasin de Bayonne, qui reprendrait l'intégralité des salariés, et une offre pour le magasin de Barbès, avec le maintien de l'emploi de 10 salariés. À la marge, il y a 5 offres de rachats de droit au bail (Lyon) ou de résiliations amiables de baux (Rouen, La Défense RER, Melun et Torcy) », notent les syndicats, mais l'administrateur judiciaire a également précisé qu'aucune ne conserverait les salariés. 

 

Hachette Livres et Lagardère dans le viseur

 

Les propositions ne sont pour l'heure que des transactions financières permettant de rembourser la dette accumulée par Virgin. 

 

Désormais, les syndicats comptent bien mobiliser les salariés sur l'ensemble de la chaîne, et réaliser « le même coup que le 29 janvier. Nous allons organiser des Assemblées générales dans les magasins, réunir, le 12 avril, un Comité d'Entreprise extraordinaire. » Car la situation actuelle de Virgin ne permettra pas, financièrement, de parvenir à mettre en place un plan social digne de ce nom. « Pour l'instant, on n'en sait rien. Ce qu'on sait, c'est que nous n'avons pas ce que nous espérions, c'est-à-dire des offres de gens de notre métier qui permettent de sauver un maximum d'emplois», précise Christine Mondollot. Selon les moyens de la trésorerie de Virgin, la société pourrait fonctionner encore avec des pertes de 4 à 5 millions € par mois, jusqu'au mois de juillet, assure-t-elle.

 

Les syndicats comptent bien faire prendre leurs responsabilités aux actionnaires. , et tout particulièrement à Lagardère. Dans un communiqué commun, ils expliquent : 

Lagardère, actionnaire historique de Virgin, et premier responsable de la mise en redressement judiciaire, se doit de prendre ses responsabilités : il n'a même pas eu la décence de répondre au courrier des organisations syndicales qui lui demandaient d'entrer en négociation et d'abandonner la créance de 6,5 millions d'euros qu'il a eu l'outrecuidance de déposer auprès du Tribunal de Commerce !

Afin de le contraindre à répondre à nos attentes, nous demandons à tous nos collègues de bloquer dans les magasins tous les stocks de livres Hachette : s'il veut récupérer sa marchandise, qu'il s'engage déjà à abonder au futur PSE qui malheureusement se profile.

 

Le syndicat FO, « doublement déçu » ne décolère pas. « Que l'actionnaire Lagardère se positionne comme créancier, à la hauteur de 6,5 millions €, alors que 800 salariés, dans le meilleur des cas, vont se retrouver au chômage, il ne faut avoir aucun respect. Tenter de regagner cet argent, dans ce contexte, c'est totalement indécent ! »

 

Les ministres de la Culture, du Commerce, du Travail ou du Redressement productif sont interpellés, y compris le premier ministre « pour qu'ils s'engagent  clairement aux côtés des salariés dont l'immense majorité sera licenciée ».