Virulente critique contre le système Amazon

Clément Solym - 20.01.2012

Edition - Critiques - Amazon - Grande-Bretagne - Critique


Agent Orange, voilà un nom d'auteur qui laissait présager un commentaire acide. Cet agent est plus connu pour être un herbicide utilisé pendant la guerre du Viêtnam par les Américains et responsable de malformations chez les populations indigènes.

 

Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas déçu. « Amazon saigne à blanc les éditeurs » prévient-il. Le ton est donné. L'Agent Orange énonce toutes les manœuvres d'Amazon pour avaler tout cru les maisons d'édition dites classiques.

 

Et son constat désolé est qu'Amazon a déjà un pied et demi en Grande-Bretagne. 92 % des lecteurs de livres numériques vendus sur l'île avant Noël sont des Kindle d'Amazon. Pour autant il rappelle qu'Amazon a fait l'objet d'une réprimande par le bureau de la libre concurrence local pour monopole.

 

Parce que si les éditeurs américains se rebiffent quelque peu et envoient hier une lettre anonyme qui accuse Amazon de vouloir leur mort, leur situation reste tout de même bien meilleure que l'édition anglaise. Amazon a des concurrents aux États-Unis, Barnes & Noble notamment. Alors qu'en Europe, on a le champ libre pour continuer son entreprise vampiriste, explique-t-il sur Futurebook.

 

Une victoire à la Pyrrhus en prévision pour Amazon

 

L'Agent Orange fait aussi remarquer que le cybermarchand a une politique de diminution des prix, coûte que coûte. Mais il va plus loin en affirmant que perdre de l'argent sur quelques années ne leur est pas très coûteux, car ces pertes, dues aux prix bas des livres, leur permettent dans le même temps de prendre l'édition à la gorge.

 

 

C'est un investissement : ils y perdent de l'argent mais l'édition en perd plus encore et c'est dans leur intérêt pour les « saigner à blanc ». 

 

Surtout, cette entreprise de destruction méthodique des éditeurs historiques n'est que le premier pas vers la multiplication des casquettes d'Amazon. Amazon éditeur, Amazon distributeur, Amazon commercial, Amazon exclusif sur ses plateformes, etc. L'autoédition participe également à cette centralisation de l'ensemble de l'univers littéraire.

  

Si le plan d'Amazon paraît machiavélique, l'Agent Orange pointe les points faibles de la firme. Tout d'abord le Kindle qui selon lui « est loin d'être un outil brillant » malgré son million et demi de ventes en Grande-Bretagne.

 

Un colosse aux pieds d'argile ?

 

Deuxième point, « Amazon a encouragé les marées de livres épouvantables sur le marché et il y maintenant des signes qui prouvent que ça fait chier les clients ». Un manque de qualité donc, mais pas seulement : les meilleures ventes du site sont aussi sujettes à caution. « Il est curieux de remarquer que les auteurs publiés par Amazon, qui n'ont pas pourtant pas de profil en Grande-Bretagne, apparaissent très régulièrement dans les tops dix Kindle » ajoute-t-il.

 

Aussi l'Agent Orange n'est peut-être pas si défaitiste que cela. Car « l'autre option (par rapport à une inaction de la part des éditeurs) est de faire face à la menace posée par Amazon, et de refuser de faire des affaires avec eux ». Mais il enchaîne « Un éditeur qui lit ça se moquera tout de suite –c'est comme se tirer une balle dans le pied en refusant de faire de collaborer avec son plus gros client, c'est simplement impensable ».

 

Toujours dans le même état d'esprit, l'Agent Orange soutient que fixer une limite basse de prix pour les livres « mêmes à 1,99£ » est « ambitieux », mais surtout « cela favorise les auteurs autoédités, qui se fichent que leur livre soit vendu à moins d'une livre ».

 

Sa conclusion est que si les éditeurs continuent de se laisser marcher sur les pieds, ils disparaîtront de mort lente. « Mais une chose est certaine, c'est un éditeur qui mènera le système. Et pour le moment, c'est Amazon ». Ben en fait si, l'Agent Orange est défaitiste.