Visite des entrepôts : promenons-nous dans les bois d'Amazon

Nicolas Gary - 21.04.2015

Edition - Société - Amazon entrepôts - visite image - tourisme culture


Pour redorer une image souvent malmenée, Amazon avait choisi d'ouvrir les portes de ses entrepôts en Allemagne. Aucun retour sur cette initiative, et d'ailleurs, un nouveau mouvement de grève est initiée outre-Rhin par le syndicat Verdi. Mais la firme semble décidée à jouer sur une forme de transparence, en offrant de découvrir l'un des deux espaces logistiques de Lauwin-Planque (Nord) ou Montélimar (Drôme).

 

 


 

 

Il est donc possible de réserver une visite, pour « découvrir les coulisses de vos commandes sur le site d'Amazon ». Deux vendredis par mois, les centres de distribution seront ouverts au public, soit à 10 h soit à 14 h. Les visites durent 60 minutes, et il est possible de s'y rendre dès l'âge de six ans. Pas plus de 30 personnes par visite, et voici que le programme touristique d'Amazon se développe.

 

Six entrepôts sont ouverts au public aux États-Unis, quatre au Royaume-Uni, un seul en Allemagne et un autre en Pologne. 

 

Le site dédié met en valeur toute la fiabilité de l'entreprise, son sérieux. 

À fin 2014, Amazon comptait plus de 4700 salariés en France dont plus de 2 500 CDI, soit une hausse de 20 % du nombre de CDI par rapport à fin 2013. 

Amazon en France, c'est un bureau parisien et 4 centres de distribution qui totalisent 236 000 m². Ce sont aussi plus de 20 000 points relais partenaires dans toute la France. Amazon est également partenaire d'une vingtaine d'entreprises de transport, locales et nationales.

Et puis, on met en avant la sécurité des salariés, la capacité de formation, pour développer une carrière au sein de la firme, ou encore, la politique salariale. Parce qu'en période de crise de l'emploi, évidemment, la firme veut aussi séduire de possibles salariés. 

Au cours de l'année 2014, Amazon a converti 561 contrats non permanents en CDI, au sein de ses 4 centres de distribution et de son bureau parisien. Durant la période de pic d'activité de fin 2014, Amazon employait plus de 2 500 CDI en France – soit une croissance de plus de 20 % du nombre total de CDI en un an.

LSA estime que cette tentative d'ouverture relève d'une politique quasi culturelle : inviter les familles, comme pour les Journées du patrimoine, où l'on visiterait le ministère de la Culture, c'est tenter d'entrer dans le patrimoine entrepreunarial du paysage français. On découvre la maison où l'on vend tout, comme l'on ferait un pèlerinage. 

 

Mais peut-être doit-on aussi reprendre le témoignage publié la semaine passée par l'Humanité, faisant état de l'histoire d'un employé, affilié CGT, qui a vu un huissier de justice se présenter à sa porte avec une assignation d'Amazon, réclamant une condamnation de 1000 €. « Ce que je vois chez Amazon, je ne l'avais encore jamais vu nulle part ailleurs. Le souhait de la direction d'Amazon est en réalité d'empêcher que la CGT soit représentée », assure un salarié.

 

On y trouve également des chiffres qu'Amazon ne semble pas vraiment mettre en avant sur son joli site de réservations, pour un voyage dans les entrepôts. 

Avec un taux de fréquence de 49,8 %, sa sinistralité dépasse la moyenne du bâtiment (44 %). Soit un taux d'accidents deux fois supérieur à la moyenne nationale. « Sur le seul entrepôt de Saran, pour le seul mois de mars, il y a eu 13 accidents et 17 incidents ! tonne Khaled Bouchajra. C'est énorme. C'est trop ! »   

Le papier est signé de Jean-Baptise Malet, auteur du livre En Amazonie, infiltré dans le meilleur des mondes. Le journaliste avait décidé de se faire engager par la firme, et racontait alors toute la vie dans un entrepôt. À ActuaLitté, il avait confié l'horreur de ce travail : « Dans les entrepôts d'Amazon, on pourrait presque croire qu'il n'y a pas de place pour les faibles, que l'entreprise n'est orientée que vers ses “leaders” tant vantés par la charte des valeurs de l'entreprise, charte que j'invite tout le monde à lire. »

 

Et d'autres choses parfois consternantes : « Les syndicats ont obtenu des avancées, comme le chauffage dans l'entrepôt de Montélimar... Mais plus largement les travailleurs sont conscients en grande partie de la situation : ils ne récupèrent que les miettes des méga-bénéfices. » 

 

Quant à l'image du loup-garou, ce n'est pas juste pour la forme : le ministre de la Culture italien Dario Franceschini l'avait employée pour décrire la firme.