Visiter des magasins et acheter sur le net : quelles menaces ?

Nicolas Gary - 03.03.2013

Edition - Librairies - show room - vente en ligne - magasins physiques


Depuis longtemps maintenant, les librairies indépendantes se plaignent de ne plus servir que les intérêts de marchands en ligne. Proposant une sélection de livres établie par leurs soins, elles deviennent les vitrines de vente pour les clients, qui se précipitent sur internet, une fois rentrés chez eux, et réalisent leurs emplettes sur la toile. Déprimant, insupportable, et commercialement inquiétant... 

 

 librairie Les Cahiers de Colette Paris

librairie Les Cahiers de Colette, à Paris

ActuaLitté, (CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Car les librairies ne sont pas les seules victimes : les grandes surfaces endurent également les nouvelles habitudes de vente des consommateurs qui, smartphone en main, établissent en parcourant les étals, leur liste de courses. Ils traquent les meilleurs prix et comparent en temps réel avec les offres sur internet. Une récente étude a ainsi démontré quelles étaient les enseignes les plus frappées par ce comportement, en interrogeant 14.925 consommateurs américains. 

 

Les résultats sont assez intéressants, et visaient à établir le danger que fait peser Amazon sur les magasins physiques. En fonction de l'enseigne, les conséquences sont plus ou moins importantes.  

 

Bien entendu, sur l'ensemble des chaînes passées au crible, on trouve tous les segments de produits que l'on pourrait acheter directement chez Amazon. Le principe est donc simple : passer dans les magasins, comparer le prix de vente en boutique et celui qui est proposé en ligne, chez Amazon. Ainsi, la chaîne Bed Bath & Beyond, qui propose des produits domestiques divers (tendance chambre, salle de bain, cuisine et salle à manger, avec une orientation luxe), est la plus frappée par le showrooming. 

 

Le top trois des victimes serait donc le suivant :

 

• Bed Bath & Beyond : 27 % des acheteurs

• Pet Smart : 25 % des acheteurs

• Toys R Us : 21 % des acheteurs

 

Barnes & Noble, unique libraire de la liste - quoi que l'on trouve des livres dans d'autres boutiques - ne serait frappé que par 18 % des clients qui se rendent dans les librairies de la chaîne, avant d'aller faire leurs achats en ligne sur le site d'Amazon. Les deux tableaux présentent un état des lieux plus complet : 

 

 

 

 

Sur le long terme, il est difficile de prévoir comment les indépendants se sortiront d'une telle situation. Aux États-Unis, en l'absence de regulation donnant à l'éditeur la possibilité de fixer le prix de vente des livres, la concurrence s'établit entre les revendeurs sur ce point. Ainsi, on peut comprendre la démarche qui fait entrer dans une boutique physique et finalement, acheter son livre sur la toile. 

 

De la sorte, la concurrence entre B&N et Amazon est serrée et la différence tarifaire entre un livre papier chez l'un ou l'autre doit tenir dans un mouchoir de poche pas trop déplié. En revanche, pour un libraire indépendant dont les marges sont moindres et qui ne peut pas travailler avec des remises trop importantes, ce type de comportement carnassier des consommateurs obscurcit sérieusement l'avenir. 

 

A la recherche de la bonne affaire (sans perdre de temps)

 

D'autant plus qu'Amazon encourage à ce type d'attitude, ayant sorti une application qui invitait à établir en direct la comparaison entre les prix boutiques et ceux du site. L'enfer commence à plus nettement se dessiner quand on se dit que le vendeur en ligne ne paye pas d'impôts au même titre que le vendeur qui a sa boutique installée en pleine rue.

 

En septembre 2011, une étude portant sur ce même comportement montrait que près de 10 % consommateurs américains avaient déjà franchi ce pas, en achetant leurs livres numériques après être passés en librairie pour consulter l'offre papier. 

 

Selon les données de la firme Simba, qui avait analysé plus de 110 librairies à travers les États-Unis, près de 38 % de leurs clients disposaient d'un Nook ou d'un Kindle. Et ces derniers passaient régulièrement dans les boutiques sans rien acheter. Ainsi, 43 % des libraires interrogés estimaient même que des clients irréguliers se rendaient désormais souvent, voire très souvent dans leur boutique, avant de partir acheter leur ouvrage numérique chez un autre détaillant.

« Les éditeurs doivent travailler sans relâche, pour trouver des manières de rendre la chaîne des librairies indépendantes plus solide, et non par sentimentalisme », ajoute Norris. « Sincèrement, je crains que les livres ne suivent le même terrible chemin que celui de la musique, où les gadgets comme l'iPod ont rendu la consommation plus simple, les espaces de présentations ont fermé, le piratage est devenu outil culturel et a rétréci de plusieurs milliards parce que les gens achètent moins », concluait la firme

 

La lutte pour le prix d'appel sur les best-sellers et la longue traîne sont autant de dangers pour les indés....