Vive inquiétude autour de la mise sous tutelle d'un groupe éditorial turc

Antoine Oury - 20.11.2015

Edition - International - Kaynak Holding Turquie édition - tutelle financement illégal - organisation terroriste


L'Union internationale des éditeurs s'inquiète de la mise sous tutelle du groupe éditorial turc Kaynak Holding et de ses filiales, décidée par le Parquet de la République d’Istanbul. Officiellement, Kaynak Holding, qui rassemble notamment des maisons d'édition, des librairies et un réseau de distribution, est soupçonné de « financement illégal » d'une organisation étatique parallèle, l'Organisation Terroriste Guleniste (FETO). Mais l'UIE et les confrères turcs craignent un mouvement contre la liberté de publier.

 

Polis

La police turque, avant des affrontements avec des manifestants, en mars 2014

(Jeremy Brooks, CC BY-NC 2.0)

 

 

Les enquêteurs sont formels : « De nombreux documents montrant les transferts de fonds et le financement de l’organisation parallèle ont été trouvés dans les ordinateurs des sociétés affiliées à la holding », affirment-ils, d'après l'agence Anadolu. Autrement dit, ils accusent la Kaynak Holding d'avoir monté des sociétés-écrans dont le seul but est la dissimulation des financements destinés à l'Organisation Terroriste Guleniste (FETO). Cette dernière est affiliée à l'imam Fethullah Gülen, adversaire notable de l'actuel président Recep Tayyip Erdogan qui a lancé un mandat d'arrêt contre lui. L'imam est désormais exilé aux États-Unis.

 

Pour l'International Publishers Association, la mise sous tutelle n'est que le reflet d'une pression grandissante sur la liberté de publier, dans le pays. « La saisie de Kaynak Holding par un administrateur est une ingérence importante qui marquera et affaiblira la vie de l'édition turque », prédit Metin Celal Zeynioglu, président de l'association des éditeurs turcs, « Ainsi, une maison d'édition peut désormais être contrôlée et ses livres censurés. » En vertu de la liberté de publication garantie par la Constitution turque, l'Association réclame une liberté totale pour les filiales de Kaynak Holding.

 

Sept personnes ont été chargées d'assumer la tutelle sur Kaynak Holding, qui comprend 19 sociétés, une fondation et une association. D'après des sources policières, aucune arrestation n'est survenue, pour l'instant. 

 

Le secrétaire général de l'IPA, José Borghino, souligne que les dernières semaines ont été préoccupantes pour la liberté d'expression et de publication en Turquie. Début septembre, des représailles menées par des soutiens du gouvernement turc avaient visé des symboles critiques envers le pouvoir, comme le parti prokurde PKK, le journal Hürriyet et une librairie, détruite pendant les attaques. 

 

« Ces attaques fanatiques contre des institutions qui sont nos moyens d'accéder à l'information et à la culture ne peuvent en aucun cas être légitimées », soulignait alors Metin Celal Zeynioglu, président de l'association des éditeurs turcs. L'auteur turc exilé Orhan Pamuk s'inquiétait lui aussi du tournant pris par le parti au pouvoir d'Erdogan.

 

En octobre dernier, une autre holding médiatique, Kopa-Izek, détentrice de deux chaînes télévisées critiques envers le pouvoir, était mise sous tutelle.