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Vivendi en négociations exclusives pour racheter Editis 900 millions €

Nicolas Gary - 30.07.2018

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Pour l’heure, seul un communiqué du groupe Vivendi indique que les négociations ont commencé. Ce dernier est donc en négociations avec l’Espagnol Grupo Planeta pour le rachat de sa filiale française, Editis. Le groupe français représente le deuxième plus gros acteur du livre en France, avec une cinquantaine de marques éditoriales.


Editis (Grupo Planeta) - Frankfurt Buchmesse 2015
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

La déclaration émane de Vivendi, qui assure donc être entré en négociations exclusives. Son projet serait de racheter 100 % du capital d’Editis. L’information tombe quelques jours à peine après le décès d’Alain Kouck, président d’Editis Holding. 

 

Vincent Bolloré, président de la multinationale cherche donc à reconquérir le groupe, racheté par Planeta voilà une dizaine d’années pour 1,026 milliard €. Une solution de moindre mal pour Planeta, qui pourrait alors résoudre toute la situation financière actuelle de leur groupe. En effet, la dette s’était réduite de 693 millions à 483 millions € annonçait la famille Lara lors de la communication de ses résultats, mi-juillet. 

 

Editions compte à ce jour trois grandes divisions éditoriales, littératures, manuels et ouvrages de référence – dictionnaires, etc.  

C’est en présentant ses résultats financiers du premier semestre que l’annonce est arrivée : avec une progression de 22,8 % du résultat net, le groupe Vivendi annonce que les négociations sont bien en cours. En chiffre d’affaires, Vivendi annonce 6,463 milliards €, soit 18,3 % de mieux que sur la même période en 2017. 
 

Mieux connaître les jeunes, entre autres
 

Sorti début juillet du capital de Fnac Darty, tout en maintenant des partenariats, Vivendi avait utilisé son option pour laisser de côté le groupe qu’avait monté Alexandre Bompard. Or, ce 10 juillet, c’est une enveloppe de 267 millions € que le groupe de Bolloré recevait, après avoir investi en mai 2 016 159 millions €. Sa participation était de 11 %. 

 

Dans son communiqué, le groupe souligne qu’Editis a réalisé près de 750 millions € de chiffre d’affaires en 2017 avec un EBIT de 60 millions €. « Dans le cadre de ce projet, Vivendi et Grupo Planeta, groupe leader en Espagne et en Amérique latine dans les domaines de l’édition, des médias et de l’éducation, exploreraient de nouvelles opportunités dans le secteur de l’édition. »

 

L’acquisition d’Editis « constituerait une nouvelle étape majeure dans la construction d’un groupe intégré centré sur les médias, les contenus et la communication », poursuit Vivendi. Et de souligner la proximité de leurs métiers respectifs, « leur culture commune centrée sur la créativité et l’importance de leur savoir-faire en matière de gestion des talents [qui] seraient autant d’éléments de nature à faciliter l’intégration d’Editis ».

 

L’écosystème de Vivendi profiterait-il à Editis ? C’est ce que le groupe souligne, tout en insistant sur le fait que l’édition scolaire lui permettrait « de mieux connaître les jeunes générations ».

 


 

Bien entendu, avant d’être concrétisé, ce rachat devrait être approuvé par les instances représentatives du personnel. 

 

Retour vers le futur : juin 2016
 

Mais la démarche n’est pas si stupéfiante qu’elle y paraît : il faut se souvenir qu’en juin 2016, auditionné par le Sénat, Vincent Bolloré, président du Conseil de surveillance de Vivendi et du groupe Canal + avait laissé entendre qu’il pensait fortement à l’édition.

 

« Vivendi était le premier éditeur de livre, et puis, comme vous le savez, la période que j’ai décrite tout à l’heure a fait que Vivendi est sorti du livre », expliquait-il. Fin 2002, Vivendi Universal dut revendre sa filiale Vivendi Universal Publishing au groupe Lagardère SCA, parce que la firme avait besoin d’argent pour consolider d’autres secteurs.

 

Le rachat avait été contesté, et la filiale fut finalement scindée – une part allant chez Hachette, l’autre devenant le groupe Editis, créé en janvier 2014 et par la suite repris par le fonds d’investissement Wendel, neuf mois plus tard. 

 

Mais devant le Sénat, Vincent Bolloré confirmait son intérêt : « [j] e peux vous dire qu’Arnaud Puyfontaine [président du directoire de Vivendi, NdR] ne pense qu’à une chose, c’est y rentrer [dans l’édition]. Et en ce qui me concerne, je l’appuierai dans sa démarche. Parce que je pense que c’est un élément essentiel pour les contenus. Et à côté de quelques auteurs, qui gagnent beaucoup d’argent, il y en a beaucoup, qui, malheureusement, auraient besoin d’un grand groupe »
 

Apporter de l'énergie, et une force de frappe


Chose particulièrement significative, et d’autant plus intéressante, cette petite phrase glissée par Vivendi. En effet, Editis aurait un environnement « unique pour attirer et fidéliser les meilleurs talents et enrichir le portefeuille de contenus du Groupe ».

 

Il faut en effet reconnaître que ces derniers mois, le groupe avait perdu deux figures majeures : la première, la romancière Danielle Steel, partie chez HarperCollins France, après avoir passé des années chez Presses de la Cité. L’autre, tout aussi important côté français, c’est le transfert de Guillaume Musso chez Hachette, aux éditions Calmann-Levy.

 

Des pertes ressenties par les équipes de diffusion d’Interforum, qui nous l’expliquaient facilement : « Après le départ de Guillaume Musso et de Daniele Steele, l’équipe de Littérature 2 avait perdu de grosses pointures. » Alors qu’Interforum est en train de restructurer ses équipes, dans le cadre du projet Phoenix, qui doit aboutir au 1er janvier prochain, l’arrivée chez Vivendi donnerait un point considérable, face au turbulent concurrent, le groupe Hachette.

Impossible de faire l’impasse sur le rachat de Le Seuil/La Martinière, qu’a repris Vincent Montagne (Média Participations), alors même que tout semblait conduire à ce que ces maisons intègrent Editis. En effet, ce dernier avait racheté Volumen, filiale de diffusion de Seuil/La Martinière, pour l’intégrer à son propre canal, Interforum. Mais entre temps, les maisons d’édition associées ont donc rejoint le groupe originellement connu pour la bande dessinée – avec Dupuis, Dargaud, et Le Lombard.
 

Se tourner vers l'avenir


Assurant que les informations arriveront au cours des prochains moins, Pierre Conte, directeur général du groupe confirme cette période de négociations qui s’achèvera certainement à la fin de l’année.
 

« Elle permettra bien sûr rapidement la consultation de nos instances représentatives du personnel », assure-t-il. Selon lui, la démarche de Vivendi atteste de « l’intérêt d’un groupe français d’ambition internationale pour Editis et sa volonté de rapprochement du monde de l’édition vers ceux de l’Audiovisuel et de la Musique. Ce projet est aussi le reflet d’une passion partagée autour de la création et la découverte de talents. »

Chaque année, on compte près de 4000 nouveautés avec un catalogue de 4500 titres publiés par Editis. Et des auteurs aussi incontournables que Marc Levy (Robert Laffont) ou Michel Bussi (Presses de la Cite), chez les best-sellers.

Editis représente en tout cas pour Vincent Bolloré « une nouvelle étape majeure dans la construction d’un groupe intégré centré sur les médias, les contenus et la communication ». Pour aboutir, Vivendi aura cependant besoin d’argent, et, pour ce faire, indique rechercher des actionnaires pour Universal Music Group. Il est question de céder jusqu’à 50 % de la société – renonçant également à une entrée en bourse.




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