Vladimir Poutine, ce grand pragmatique

Cécile Mazin - 25.11.2013

Edition - International - Andreï Makine - Vladimir Poutine - pragmatisme


Le romancier originaire de Sibérie, et vivant en France depuis 1987 était sollicité, en marge du Salon du livre Gaudeamus, qui se déroulait à Bucarest. Interrogé par l'AFP, il évoque la situation de la Russie et le comportement du président, Vladimir Poutine, que l'on critique trop facilement.

 

 

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Adobe of Chaos, CC BY 2.0

 

 

En effet, le pays se trouve aujourd'hui dans « une époque d'explosion, un cataclysme d'une très grande envergure et qui heureusement aujourd'hui commence à prendre des proportions logiques, rationnelles », estime le romancier. Et s'il est possible de comprendre la situation actuelle, c'est en grande partie du fait du pragmatisme du président Poutine.

 

« On peut l'aimer ou ne pas l'aimer, mais le fait est que, grâce à son côté pensé, pragmatique, on peut prévoir ce qui se passe, ce qui n'était pas le cas avant, sous Eltsine », précise Andreï Makine. La politique menée par l'ancien président Boris Eltsine était trop chaotique. Poutine, de son côté, parviendrait à s'adapter, chaque jour, aux changements politiques, alors que tout dirigeant fait face à des imprévus permanents.

 

Andreï Makine déplore également le comportement de certains confrères, qui ont refusé une entrevue avec Poutine, considérant qu'il s'agissait là d'une preuve de démocratie. Le président de la Fédération de Russie souhaitait recevoir bon nombre d'auteurs pour se pencher sur les problèmes du secteur littéraire. Les écrivains ne sont pas dupes, et la plupart ont décliné l'invitation.

 

"L'Occident est extrêmement hostile par rapport à la Russie."

 

En premier lieu, Boris Akounine, qui expliquait publiquement sur son blog pourquoi il ne se rendra pas à cette grande réunion. « Tant qu'il y a dans le pays des prisonniers politiques, je ne peux pas me trouver à proximité du dirigeant, dans la même pièce que lui. Je discuterai avec plaisir avec Poutine de littérature et de lecture une fois que tous les prisonniers politiques seront libérés », écrit-il.

 

Andreï Makine le déplore : « S'il y a ces réactions démocratiques, de riposte, de révolte, tant mieux. Mais il faut participer, le refus est sur le court terme quelque chose d'assez spectaculaire, les journaux occidentaux vont en parler, mais ce n'est pas bénéfique à long terme, il faut que l'intelligentsia engage un dialogue avec le pouvoir, un dialogue qui peut être très musclé. »

 

Dans ce contexte, critiquer le président russe, est « facile », car les problèmes rencontrés en Russie sont proportionnels à la taille impressionnante du territoire. D'autant que « l'Occident est extrêmement hostile par rapport à la Russie. »

 

Et de conclure dans un message personnel au président russe : « Ne pas oublier les dernières générations soviétiques, des gens qui sont à la retraite, qui vivent dans la pauvreté, qui ont un potentiel énorme. Et ne pas trop essayer d'être à la mode, organiser des Jeux olympiques très coûteux, des championnats de foot, c'est complètement inutile. La Russie n'est pas assez riche pour se permettre ce genre de manifestations. »