Vladimir Poutine veut forger l'identité russe avec 100 livres

Clément Solym - 31.01.2012

Edition - International - Vladimir Poutine - liste - livres


Le patriotisme et l'identité nationale, ainsi que le sentiment d'appartenance à une terre passent nécessairement par un socle culturel commun. Cette phrase, que l'on ne doit ni à Claude Guéant ni à l'homme qui regrette la surabondance d'Auvergnats dans un même espace provient du chef du gouvernement russe et candidat à la présidentielle 2012... Vladimir Poutine. 

 

Et c'est en s'appuyant sur cette idée de socle culturel commun que l'intéressé développe sa notion de « peuple uni ». Union qui ne peut arriver sans un certain partage de connaissances et de valeurs. Celles que l'on trouve dans les livres, ainsi que l'explique son programme dévoilé sur le site du ministère russe.

 

Car « quand une société multiethnique est infectée par le virus du nationalisme, elle perd de sa stabilité et de sa force », explique Poutine. Pour qui il est donc essentiel de retrouver une harmonie et une cohésion sociale. « La confiance en notre capacité à parvenir à un développement harmonieux d'une société multiculturelle est fondée sur notre culture, notre histoire et notre type d'identité. »

 

Et d'ajouter : « Le peuple russe est à la pointe des bâtisseurs, comme en atteste l'existence de la Russie. Leur grande mission est d'unir et de lier ensemble une civilisation. Langue, culture et quelque chose que Fiodor Dostroïevski définit comme ‘la réactivité universelle' est ce qui unit les Arméniens russes, les Azéris russes, les Allemands de Russie, les Tatars, russes et les autres, dans un modèle de civilisation où il n'existe pas de groupes ethniques, mais où l'appartenance est déterminée par une culture commune et des valeurs partagées. »

 

À la réflexion, ça pourrait tout à fait être du Claude Guéant. Voir du frontisme allégé...

 

 

Or, Vladimir Poutine a donc un éclair de génie. Se souvenant que dans les années 20, certaines universités des États-Unis avaient envisagé d'établir une liste canonique des oeuvres fondatrices, considérées comme les plus importantes et les plus influentes de la culture occidentale, lui se propose de faire la même chose, en Russie.

 

« Chaque étudiant qui se respecte a besoin de lire 100 livres d'une liste spécialement compilée des plus grands livres du monde occidental. Certaines universités tiennent encore à cette tradition. Les Russes ont toujours été décrits comme ‘une nation de lecteurs'. Faisons donc un sondage autour de nos figures culturelles les plus influentes, et compilons cette liste des 100 titres canoniques que tout étudiant russe devra lire - c'est-à-dire, les lire chez lui, plutôt qu'à l'école, ou les apprendre. »

 

Cerise sur le gâteau : un examen scolaire, lui, serait imposé, sur la base de connaissance découlant de ces lectures.

 

Gageons qu'un auteur comme Soljenytsine ne s'y retrouverait pas, ou qu'un Boulgakov pourrait s'en faire sortir, sans passer par la grande porte...

 

Gageons aussi, mais avec un frisson dans le dos, que ce type d'examen pourrait être conçu comme un outil permettant de définir l'obtention de la nationalité russe... Ou mieux encore, de pouvoir classer les bons Russes et les mauvais Russes. 

 

Ceux que l'on reconduit à la frontière, ou à qui l'on peut directement faire visiter les goulags, en période de crise...

 

Aura-t-on à coeur de se souvenir que Poutine a été fortement mis en cause dans le massacre des Tchétchènes, après avoir été qualifiés de terroristes par celui qui était alors président ? Ou encore, de se souvenir combien les opposants au régime d'alors se retrouvaient assez facilement morts ? 

 

Une liste de lectures ? Bien évidemment...

 

 

Crédit photo Wikipedia