Voeux 2016 : “Le livre porte en lui une parole libre“ (Vincent Montagne)

Nicolas Gary - 08.01.2016

Edition - Economie - Vincent Montagne - édition industrie - ouvrir livres


Le Syndicat national de l’édition présentait ses vœux à l’interprofession ce 7 janvier. Vincent Montagne, président et PDG du groupe Média Participations, comme beaucoup, était heureux de laisser l’année 2015 « derrière nous ». Une année de deuil, sur le plan humain « ici et ailleurs », rappelait-il, évoquant les drames à Beyrouth, Damas, ou Paris, « tant de morts ».

 

Vincent Montagne président

Vincent Montagne - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Année noire, pour le monde de la presse et de l’édition, « directement atteint », mais « persécution, privation de liberté sont hélas encore le quotidien de centaines d’auteurs, de journalistes et d’éditeurs ». Et de souligner que la condamnation à mort du poète palestinien Ashraf Fayadh, le 17 novembre dernier, n’en est qu’une des manifestations. Ou encore à Hong Kong, avec la disparition de cinq personnes d’une maison d’édition opposée au régime chinois.

 

« C’est en des temps comme ceux que nous vivons que nous prenons davantage conscience de l’importance de notre métier. Par la liberté d’expression, la liberté de publication, l’éditeur poursuit sans relâche son travail qui consiste à garantir le pluralisme que dans beaucoup de pays les opposants aux libertés veulent éradiquer. Le livre porte en lui une parole libre. »

 

Après les massacres, tant ceux de Charlie Hebdo, que les attentats de novembre, les Français se sont largement tournés vers les livres, « pour décrypter l’actualité et tenter de comprendre le monde dans lequel nous vivons ».

 

Droit d'auteur, accessibilité, ebook, EPUB, etc.

 

Au fil de l’année, les éditeurs se sont lancés dans la défense du livre, et le SNE a poussé plusieurs campagnes. En premier lieu, la défense du droit d’auteur, « face aux attaques de la commission européenne, et en France [avec la loi Numérique d’Axelle Lemaire] ». Il y eut ainsi le très contesté manifeste de Richard Malka, La gratuité c’est le vol. 

 

Traduit en plusieurs langues, l’ouvrage sera publié intégralement en janvier dans la revue Le Débat, et l’on attend encore le 11 février 2016 à une conférence, avec la députée européenne Julia Reda, à Science Po. 

 

Si « ce combat est loin d’être gagné », insiste le président du SNE, il pointe également le projet de loi d’Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique, qui « menace clairement l’édition ». Les éditeurs et le SNE se sont largement mobilisés, mais on déplore que le gouvernement ait engagé une procédure accélérée, « sans aucune raison », pour en imposer l’adoption.  

 

Parmi les sujets qui déplaisent fortement, l’idée d’introduire de l’Open Access dans le paysage français. Or, aucune étude d’impact sérieuse n’a été produite à ce jour, indique le SNE.

 

De même, de nouvelles exceptions ont été introduites dans la communication de la Commission européenne, à travers la directive de 2001. Avec la Fédération européenne des éditeurs, le SNE alerte sur les menaces qu’impliquent, pour le droit d’auteur, ces mesures.

 

Véritable succès, la défense du taux réduit de TVA pour le livre numérique, maintenu à 5,5 % dans le projet de loi de finances 2016. De quoi rappeler que, « quel que soit le support, un livre est un livre. Notre action de lobbying et de communication, associé à la position officielle du gouvernement a manifestement porté ses premiers fruits ».

La France a ici pu maintenir « son engagement en faveur de la lecture et du développement du livre numérique, dans ce contexte, et malgré la condamnation de la Cour de justice de l’Union européenne ». La mobilisation devra cependant se poursuivre.

 

Lecture, avec l’accessibilité, puisque l’intégralité des grands prix littéraires étaient disponibles en format adapté pour publics empêchés. 330 romans comptent dans la rentrée littéraire accessible pour tous, avec une participation accrue, chaque année, des éditeurs.

 

Et accessibilité, avec l’ouverture du centre EDRLab, pour European Digital Reading Lab, au cœur de Paris, chez Cap Digital. L’IDPF, porteur du format EPUB a choisi la capitale française, et avec le soutien financier du Cercle de la librairie, le pays travaillera donc à la conception de ce format interopérable et ouvert. 

 

Lecture, ou plutôt écriture : 2015 marque l’application de l’ordonnance faisant suite à l’accord entre SNE et CPE, sur le contrat d’édition. Ce dernier offre « le cadre juridique le plus favorable en Europe, ainsi que le reconnaît une étude du Parlement européen ». Le dialogue se poursuit entre auteurs et éditeurs, tous les sujets ne sont pas encore réglés.

 

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ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Alors, 2016 ? Année de projet, certes, avec la poursuite des engagements pour la défense des droits, des auteurs comme des éditeurs. Et ce, alors que la Commission européenne est « toujours atteinte par le syndrome du mythe de la gratuité ».

 

2016, sera aussi le renouveau du Salon du livre de Paris. Sur ce point, peu d’informations, voire aucune. Il sera « plus cohérent plus joyeux, plus lumineux, plus chaud, plus convivial... enfin, vous verrez bien ». 

 

Depuis cinq ans, l’industrie du livre vient de renouer avec une reprise dans ses résultats, entre 1,5 % et 2 %. Or, avec les nouveaux programmes scolaires prévus pour cette année, les résultats devraient également être plus porteurs encore. Le secteur scolaire en profitera certainement.

 

Et de conclure, sur cette phrase : 

 

 

 


Pour approfondir

Editeur : Fayard
Genre : presse et politique
Total pages : 493
Traducteur :
ISBN : 9782213638218

Édition, presse et pouvoir en France au XXe siècle

de Jean-Yves Mollier

Trop souvent étudiées séparément, la presse et l'édition sont réunies depuis la fin du xxe siècle dans des groupes de communication qui se donnent pour vocation de dominer les marchés de l'information, du divertissement et de l'éducation. En France, la Librairie Hachette et le Groupe de la Cité (aujourd'hui Editis) ont longtemps symbolisé ce combat qu'on observe ailleurs sur toute l'étendue de la planète. Pour la première fois, ici, l'accès à des sources considérables permet de revisiter toute l'histoire del'édition du siècle dernier dans ses rapports avec le pouvoir politique, la banque et les autres médias. Partout, en effet, les pouvoirs - étatiques, financiers, politiques ou religieux - jouent un rôle important dans l'évolution de ces entreprises. C'est à tenter de déchiffrer ce mouvement incessant que s'attache ce livre où Jean-Yves Mollier revient, entre autres, sur la constitution des Messageries Hachette dans les années 1920, la confection des listes « Otto » en 1940, l'épuration et le non-renouvellement de l'édition après-guerre, la tentative avortée de nationalisation des NMPP en 1947, et s'attarde sur les multiples transformations qu'a subies l'édition française de 1918 à 2008. Jean-Yves Mollier est historien, professeur à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Il est notamment l'auteur de L'Argent et les Lettres. Histoire du capitalisme d'édition (1880-1920) (Fayard, 1988), Louis Hachette (1800-1864). Le fondateur d'un empire (Fayard, 1999), Où va le livre ? (La Dispute, 2000, 2002 et 2007) et Le camelot et la rue. Politique et démocratie au tournant des xixe et xxe siècles (Fayard, 2004).

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