VS Naipaul: “Ayant appris à écrire, je suis devenu mon propre maître”

Nicolas Gary - 12.08.2018

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C’est à Londres que s’est éteint l’auteur britannique VS Naipaul, prix Nobel de littérature en 2001. Il avait 85 ans. Vidiadhar Surajprasad Naipaul avait commencé sa carrière d’écrivain dans les années 50, et restera comme une figure littéraire majeure du XXe siècle.



 

 

Né à Trinité-et-Tobago en 1932, dans une famille indienne, Naipaul a grandi dans un contexte relativement pauvre. Il ne quittera sa famille pour l’Angleterre qu’à l’âge de 18 ans, après avoir obtenu une bourse d’études pour l’University College d’Oxford. Il occupera également un poste de journaliste, collaborant avec différents supports et assumera même une chronique littéraire pour la BBC.

 

Durant cette période, il écrivit son premier roman, qui restera non publié, et quittera la faculté en 1954, ayant trouvé un emploi de catalogueur à la National Portrait Gallery de Londres. L’année suivante paraît alors The Mystic Masseur, très mal reçu à sa sortie : il faudra un an pour que les lecteurs et les critiques prennent conscience de la qualité du livre. De nombreux prix s’accumulent et le succès va grandissant.

 

« Quand j’ai appris à écrire, je suis devenu mon propre maître. Je suis devenu très fort et cette force m’est restée chaque jour », assurait-il. 

 

En 2011, il avait déclenché une vive polémique en déplorant quand les femmes auteures étaient trop sentimentales — incluant tout particulièrement Jane Austen. « Les femmes écrivaines sont différentes, elles sont très différentes. Je lis un extrait de texte et, en un paragraphe ou deux, je sais si c’est de la main d’une femme ou non. Je pense que ce n’est pas à mon niveau », assurait le bonhomme, alors âgé de 78 ans.

 

De quoi se faire alors gentiment épingler par Francine Prose, rejoignant allégrement les accusations de misogynie qui lui étaient légitimement tombées dessus. 

 

Il avait entretenu une farouche animosité avec Paul Theroux, qu’il rencontra en 1966 en Ouganda. S’en étaient suivies 30 années d’amitié forte jusqu’à ce que l’épouse de Naipaul ne se mette à fricoter avec Theroux. Et durant les quinze années qui s’en suivirent, les deux hommes se firent de gentilles politesses, notamment par presse interposée. 

 

« Il restera l’un des plus grands écrivains de notre temps », a assuré Theroux à l’Associated Press. « Il n’a jamais écrit faussement écrit. Il devenait un fléau pour tous ceux qui avaient l’habitude du cliché ou de la phrase non réfléchie. Il était particulièrement scrupuleux à propos de son écriture, et très sévère également. »


La communauté indienne ne manque cependant de critiques à son égard : 



 

Ses écrits ont amplement porté sur le colonialisme, la quête d’indépendance des pays et des hommes. Grand écrivain du voyage, mais également de l’exil ou du choc des cultures, il avait réuni ces thèmes dans un recueil de nouvelles, Dis-moi qui tuer, deux récits de voyage (traduction Annie Saumont pour Albin Michel). 

 

Pour découvrir son œuvre, on pourra toujours commencer par Une maison pour monsieur Biswas (traduction Louise Servicen), évoquant une colonie d’hindous, sur l’île de la Trinité. Une satire comme il se doit, où l’illettrisme laisse place à la révolte, pour s’arracher d’une emprise tyrannique. C'est déjà ce style réaliste et documentaire que l'on retrouve, avec une forte dose d'humour.

 

Souvent rapproché de Rushdie, du fait de leurs origines indiennes, la mémoire de Naipaul a été saluée par ce dernier. 

 

 

 

 

Naipaul n’avait pourtant pas hésité à se moquer de la fatwa déclenché par l’ayatollah Khomeiny contre Salman Rushdie, en Iran, considérant qu’il s’agissait là d’une « forme extrême de critique littéraire ». VS Naipaul laisse une trentaine d'oeuvres à découvrir, aujourd'hui plus que jamais.

« Il fut un géant dans tout ce qu’il a accompli », a assuré son épouse. « Et il est mort entouré de ses proches ayant passé une vie de créativité et d’inspiration merveilleuse. » Toute sa force résidait dans cette simplicité de la langue, permise par un travail méticuleux. Car justement, il menait de nombreuses recherches et maintenait une grande vigilance sur les multiples événements à travers le monde.

Il allait célébrer son 86e anniversaire ce 17 août.




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