Vue d'outre-Rhin : De la nécessité d'une offre légale solide

Clément Solym - 05.09.2011

Edition - Société - piratage - allemagne - debat


L’étude commanditée par entre autres le « Börseverein des Deutschen Buchhandels » et son communiqué virulent contre le piratage se sont révélés être un des événements marquants de l’IFA, un salon dédié à l'électronique des particuliers.

 

Face aux arguments et propositions de l’association des professionnels allemands du livre, la première réaction est facilement l'ironie, à cause des amalgames et des exagérations non prouvées de l’enquête (notre actualitté). Le groupement professionnel ne s’aide pas lui-même, en « piratant » par exemple les images trouvées sur Flickr qu’il utilise dans ses présentations…

 
Calcul des positions
 

Le vocabulaire de l’association donne l’impression qu’Internet peut se plier à ses volontés, qu’il suffit de « développer la régulation dans le réseau », et que 23 300 livres DRMisés sont amplement suffisants pour parler d’une « offre légale conséquente ». 


L’auteur et consultant Manuel Bonik, interrogé par Buchreport, adopte un autre ton de voix :

« Il est certain que le piratage des ebooks, comme le montre notre propre étude à paraître, est devenu un problème en Allemagne. Mais il n’y pas de quoi s’énerver, même avec les chiffres de l’étude du Gfk (notre actualitté).  94,2 % des Allemands ne piratent pas, et la plupart des pirates téléchargent de la musique et des films. Seuls 1,2 % des Allemands piratent des livres. 

Le taux de conversion entre le piratage et l'achat est sans doute très nettement en dessous de 100 %, ce qui diminue les pertes réelles. Les chiffres eux-mêmes s'opposent au discours de M. Skipis. Il ne convient pas de mettre en danger les droits fondamentaux pour 1 ou 2 % de pirates.


Les lois que le groupement professionnel peut réclamer, comme la riposte graduée, se montrent de toute manière inutiles contre le téléchargement direct. Il vaut mieux dans ce cas envoyer des emails de mise en demeure pour demander le retrait des œuvres comme cela est permis par le DCMA aux États-Unis (
notre actualitté).

 

La montée en puissance du piratage des livres en Allemagne est fondamentalement la conséquence des erreurs du secteur allemand lui-même. Les ebooks drmisés qu’ils proposent sont rares et chers. Sur Libreka! on trouve 171 livres de science-fiction. Sur un forum de piratage connu, où les gens numérisent eux-mêmes parce que personne d’autre ne l’a fait, on trouve 6 000 livres.

 

Aux États-Unis, ce que le marché montre, c’est que les acheteurs attendent de l’instantanéité et des réductions. Les éditeurs scientifiques en Allemagne (NdR : Springer) font de bonnes affaires parce qu’ils l’ont compris. »
  

En définitive, pour Manuel Bonik, les premières actions à lancer sont des mises en demeure, mais ces mesures ne seront que cosmétiques, déplaçant le problème ailleurs en attendant une offre légale efficace.