Waterstone's contre le travail non-rémunéré

Clément Solym - 13.02.2012

Edition - Librairies - Waterstones - emploi - salaire


Waterstones a pris une sage décision. Suite à la plainte d'une jeune femme ayant travaillé chez PoundLand et déposé une plainte auprès du Département du travail et des pensions (DWP), l'enseigne a décidé de ne plus participer au Work Program (Plan pour le Travail, plus communément appelé outre-Manche le plan « Retournez bosser ») mis en place par David Cameron.

Ce plan prévoit que les chômeurs y adhérant travaillent sans être payés, pendant parfois six mois, dans le but d'acquérir une expérience signifiante et décrocher un emploi salarié. Avec au-dessus d'eux une épée de Damoclès : en cas de retrait ou de non-respect des termes, se voir retirer les aides sociales dont ils bénéficient. Ils effectuent le même temps de travail, dans les mêmes conditions que des salariés, mais n'ont aucune certitude d'être embauchés à la fin de la période.

Servitude

La jeune fille en question dénonce une utilisation à outrance.  Du travail pénible que les autres employés ne se bousculaient pas pour accomplir, complètement libre de charges pour Poundland, et sans le moindre salaire ni perspectives de contrat définitif pour elle.

 

 

 

Suite au procès qu'elle intente à Poundland, on invoque la Déclaration universelle des droits de l'homme et le paragraphe concernant l'esclavage : « Nul ne sera tenu en esclavage ou en servitude », servitude étant le terme approprié, selon les détracteurs du programme, pour désigner un emploi non payé que vous seriez obligé(e) d'accepter au risque de vous voir retirer votre unique source de revenus.

Les enseignes sont nombreuses à participer au programme en question : Tesco, Sainsbury's, Holland & Barrett, McDonald's, Burger King... Les syndicats britanniques exigent de ces géants de la distribution et de la restauration qu'ils quittent le Plan Travail du gouvernement Cameron.


Qui blâmer ?

Le chômage des plus jeunes en Angleterre coûtera cher à l'État en 2012 : environ 4,8 milliards de livres.

Les responsables politiques de tous bords ne savent plus qui blâmer. Ed Miliband affirme bien volontiers que le parti travailliste n'a pas assez pris en considération la précarité des jeunes travailleurs. Le crash de 2008 a engendré des effets dévastateurs au sein des friches industrielles de la perfide Albion...

Perfide jusqu'au bout. Le but avoué de ce programme est bien de verser moins d'allocations aux précaires. Mais derrière l'idée d' « affranchissement », le ton se fait plus menaçant. Il est temps que ces fainéants de chômeurs se décident : mettez-vous au boulot rapidement (promis, la paye viendra un jour).

 

En proposant des emplois non rémunérés comme une façon de se faire une expérience dans le but de retrouver un emploi rémunéré plus tard, on en oublie que les conséquences sont bien souvent dramatiques pour les jeunes travailleurs, comme pour les chômeurs de tous âges qui doivent recourir à cette solution.

 

Waterstones connaît par ailleurs une vague de licenciements suite à une chute de ses bénéfices en 2011 (voir notre actualitté).