Waterstone's tuerait l'industrie et la vente de livres...

Clément Solym - 16.11.2009

Edition - Economie - Waterstone - tuer - industrie


En errant dans un des magasins Waterstone, il vous arrivera peut-être de surprendre un client demandant à un conseiller des explications sur le nébuleux tarif du dernier best-seller en rayon. En effet, si vous dépensez plus de 10 £, ce livre qui coûte à l'origine 18.99 £ vous sera cédé pour la modique somme de 8.99 £. Vous devez par contre acheter un autre livre pour profiter de l'offre. Que faire si vous ne voulez que celui-là ?

Des offres, en veux-tu, en voilà !

Un bon conseiller vous mentionnera l'existence d'une réduction de 5 £ en caisse pour le livre en question. Vous pouvez opter également pour l'achat en ligne sur Waterstone ou Amazon. Certes, mais les frais d'expéditions peuvent être chers.

Cette multitude d'offres tarifaires représente assez bien la nouvelle politique de Waterstone. La société est devenue selon ses détracteurs une grosse machine à vendre du papier. Les amoureux du livre se désespèrent. À partir du moment où une société prend du poids, elle migre vers une gestion des affaires pointue et la considération du produit faiblit.

Des petits pois ? Au rayon biographie

« Ils traitent les livres comme une simple denrée », explique Nicholas Spice, éditeur de London Review of Books, un ardent critique du groupe. « Si ce sont les biographies de célébrités qui vendent, c'est sur ce quoi ils mettront l'accent. Ils ne considèrent pas l'aspect culturel ».
Pour concurrencer les tarifs au rabais des supermarchés et autres Amazon, puis plus tard les lecteurs numériques, le groupe se doit de faire de la quantité.

Dans les Wal-Mart (supermarché) et Amazon, vous pourrez acheter le dernier livre de Sarah Palin avec une réduction de 60 %. Ils vendent assurément à perte, mais peu importe, ils attirent un client qui achètera d'autres produits. Le problème des coûts se pose pour des groupes tels que Waterstone qui ne vendent que du livre. Pour rester compétitifs, ils ne peuvent pas soigner la qualité de leurs produits et services. Contre Amazon, ils doivent se battre contre un géant qui n'a pas besoin de multiplier les points de vente physiques et payer des loyers prohibitifs.

Une multitude d'ouvrages pourtant

Nicholas Clee, auteur et ancien éditeur rétorquent aux détracteurs de Waterstone que « d'après les critiques qu'ils reçoivent, on pourrait croire qu'ils ne vendent que Leona Lewis. Ce n'est pas vrai, allez dans une succursale de Waterstone et vous trouverez plus de 20 000 titres, plus d'une vie de lectures ».

Pourtant, Waterstone représentait les gentils du monde du livre quand le groupe fut créé en 1982. Ils avaient des magasins remplis de livres aussi divers qu'inhabituels. En 1991, cependant Waterstone devint un des premiers distributeurs britanniques à appliquer des réductions sur ses tarifs. Pendant 91 ans, les distributeurs avaient adhéré au Net Book Agreement qui imposait aux distributeurs de vendre les livres au prix recommandé par les éditeurs.

Promotions, numérique et avenir

C'est à ce moment que le groupe a perdu son âme en tant qu'institution culturelle déplore Tim Coates, ancien directeur général de Waterstone. Ils ont essayé de concurrencer les supermarchés en vendant des biographies de célébrités et en cumulant des promotions au lieu de chercher à se positionner sur un service qu’Amazon ou Wal-mart ne peut proposer: l'expérience de se trouver dans une très grande et très bonne bouquinerie.


Autre aspect, si l'on en croit les tendances, le futur est aux lecteurs numériques. Waterstone n'a pas manqué le coche et a commencé à vendre des lecteurs numériques l'année dernière pour rester compétitif. Mais cette politique pourrait leur coûter cher.

Rappelez-vous comment d'autres se sont bornés à vendre des lecteurs MP3 et ont détruit leur marché de ventes de CD. Puis ont fermé. De la même façon, les ventes de livre numériques pourraient décoller trop fortement et les forcer à vendre des produits à savoir ces lecteurs a priori annexes explique Nicholas Spice. « Dans 5 ans, Waterstone pourrait ne plus vendre de livres du tout. Ou même carrément disparaître. »