Waterstones attaque les facilités fiscales d'Amazon

Clément Solym - 06.04.2012

Edition - Librairies - Grande-Bretagne - Amazon - Ottakar


Tandis que les stratégies fiscales d'Amazon et l'inertie des autorités face à la concurrence déloyale agacent en Europe comme aux États-Unis, (voir notre actualitté) pratiquement toutes les têtes pensantes de Waterstones ont fait entendre un harmonieux choeur de remontrances diverses et variées. Le créateur de la chaîne de librairies Ottakar, absorbée fin 2006 par Waterstones, a ainsi qualifié le leader du e-commerce de « force délétère ».

 

En Grande-Bretagne, le montant des ventes pour Amazon s'élève à 3,3 milliard £ en 2011. Et le géant du e-commerce n'a pas été taxé. Si les autorités fiscales britanniques ont immédiatement lancé une enquête, pas besoin de chercher bien loin pour trouver la cause de ces réductions fiscales drastiques : en 2006, Amazon a prudemment implanté ses entrepôts au Luxembourg.

 

 

Interrogé par le Guardian sur cette exonération fiscale, la communication d'Amazon a répondu dans un mail qu'« Amazon EU est au service de dizaines de millions de clients et de magasins en Europe, à partir de multiples sites aux langages variées, et envoie ses produits dans les 27 pays de l'Union Européenne. Nous disposons d'un unique siège au Luxembourg, avec des centaines d'employés, pour mener à bien cette opération complexe. » Le géant du e-commerce va-t-il tenter le chantage social qu'il s'applique à imposer aux Etats américains ? Peu ou prou.


En tout cas, sa réputation n'en sortira pas indemne : James Heneage, le fondateur d'Ottakar (absorbé en 2006 par Waterstones), a tiré le signal d'alarme en qualifiant Amazon de « force délétère » non seulement vis-à-vis des libraires, mais également des auteurs. « Si vous prenez de grands auteurs comme Patrick O'Brian ou Joanna Trollope, il est évident qu'ils n'ont pas démarré uniquement avec leur talent. Ils se sont fait connaître graduellement, parce que des éditeurs travaillaient avec eux, investissaient de l'argent, et payaient pour faire de ces livres des oeuvres de premier choix. »


L'homme d'affaire a également souligné, façon Oncle Ben dans Spiderman, qu'Amazon profitait déjà d'une offre diversifiée face aux libraires, qui ne peuvent compter, eux, que sur le livre : « Un grand pouvoir commercial implique de grandes responsabilités, et je ne crois pas que les leaders du marché comme Amazon aient vraiment compris cela. Un marché florissant sur le long terme nécessite des investissements [...]. »


Philip Downer, responsable chez Waterstones, Borders ou WH Smith a salué le soutien du gouvernement aux commerces locaux (voir notre actualitté), a proposé de mettre en place des conditions « plus favorables » aux librairies de brique et de mortier, mais a surtout conseillé aux libraires et aux éditeurs « d'être très honnêtes vis-à-vis de leurs résultats financiers respectifs », afin de mettre en place une politique de soutien mutuel.

 

James Daunt, l'inénarrable directeur de Waterstones, aura sûrement mis tout le monde d'accord en arguant que libraires, éditeurs et agents littéraires avaient du souci à se faire : « Je pense que tous survivront, ou bien que tous disparaîtront en même temps, balayés, atomisés par un bon gros Amazon qui taille sa route. » Comme ça, c'est dit.