Wespieser, Cambourakis, Esperluète : paroles d'éditeurs

La rédaction - 17.03.2017

Edition - Les maisons - Sabine Wespieser éditions - Anne Leloup Esperluète - Frédéric Cambourakis éditeurs


Ils sont trois à avoir mené cette étrange aventure : pourquoi ouvrir une maison d’édition ? Trois maisons d’édition, aujourd’hui reconnues pour la grande qualité de leurs textes et le travail minutieux qu’elles réalisent. Paroles d’éditeurs : alors, sincèrement, pourquoi ?

 

Sabine Wespieser Editeur

Sabine Wespieser - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Sabine Wespieser

 

Être attentif aux textes que l’on reçoit ; prendre le temps de les éditer ; privilégier le travail avec des auteurs au fil des années, en pariant sur ce que la littérature peut produire d’exceptionnel en matière d’alliance entre le sens et la forme ; affirmer des choix et se préoccuper de la construction d’un catalogue, plutôt que de rentabilité par titre ; publier peu ; tenter de faire partager sa conviction et son enthousiasme à ceux qui vont permettre aux livres d’exister et aux œuvres de se déployer.

 

Pourquoi avoir créé une maison d’édition ? : la question, posée par des libraires qui, depuis quinze ans, défendent mon catalogue avec curiosité et opiniâtreté, amène forcément des réponses en miroir. À Namur, Anouk, Régis, Patrick, Adrien et Édith sont eux aussi a entifs aux textes qu’ils reçoivent, affirment des choix, font partager leurs goûts à leurs clients fidèles (ces lecteurs que l’on retrouve au fil des années et des rencontres).

 

Sans eux, et sans le travail de tous ces libraires qui prennent le risque de faire vivre leurs entreprises en soutenant la création littéraire, Sabine Wespieser éditeur n’aurait pas pu, en quinze ans, publier cent cinquante livres et accompagner leurs auteurs, parmi lesquels Edna O’Brien, dont Les Petites Chaises rouges, à paraître en septembre 2016, porte le numéro 150.

 

Anne Leloup éditions Esperluète

 

Ce métier s’est imposé à moi petit à petit. Lorsque j’ai commencé, j’avais 25 ans, aucun passé dans l’édition, pas de moyens financiers. Il ne s’agissait donc pas d’une perspective, d’un plan de carrière, rien de programmé dans tout cela. Il ne s’agissait pas non plus de hasard, juste d’un savoir-faire qui était à ma portée et m’intéressait. J’ai une double formation : une pratique de dessin et de peinture et des études liées au graphisme et à l’impression, cela me perme ait d’explorer ce rapport à l’image. Et puis il y avait les textes, d’aussi loin que je me souvienne, j’ai lu, énormément. Il s’agissait donc de relier les deux, de donner aux mots et aux images un lieu de rencontre.

 

Le projet tenait en quelques idées résumées par le signe typographique & : faire se rencontrer écrivains et plasticiens ; créer des points de rencontre entre les livres et leur public ; produire des livres qui soient beaux, bien imprimés, abordables financièrement.

 

C’est cet esprit de rencontre qui me pousse depuis toujours. Peindre, dessiner, c’est un travail éminemment solitaire. Et, si j’ai besoin de cette solitude, je sais aussi que je ne peux être que cela. L’édition me permet d’aller à la rencontre d’écrivains, de plasticiens, de libraires, de bibliothécaires.

 

L’idée n’a pas changé, disons qu’elle s’est enrichie des rencontres et amitiés, des personnes qui se sont attachées au projet. Pour moi c’est un travail en mouvement, avec ce que cela comporte de risques et de découvertes. Il s’agit toujours de l’exploration d’un outil singulier, le livre, pour se glisser dans l’espace étonnant de la lecture.

 

Frédéric Cambourakis

 

Nous fêtons cette année les dix ans de Cambourakis : en 2006, lorsque j’ai fondé la maison, j’étais bien loin d’imaginer ce qu’elle est devenue aujourd’hui, avec près de trois cents titres à la fois en littérature, en bande dessinée, mais aussi en jeunesse et en sciences humaines – à travers la collection Sorcières.

 

J’étais libraire à l’époque, je le suis resté un temps, avant que mon métier d’éditeur ne prenne définitivement le pas sur cette première activité, mais j’ai toujours conçu ce parcours de la librairie vers l’édition comme une continuité naturelle, avec la volonté de me rapprocher cependant du travail de création. La tradition du libraire-éditeur est ancienne, l’idée de m’y inscrire me plaît plutôt.

 

Mais ce qui est sans doute nouveau dans la jeune génération d’éditeurs à laquelle Cambourakis appartient, c’est cette inscription de la librairie dans notre patrimoine génétique qui se manifeste avant tout dans un goût pour la réédition : il y a tant de livres qui nous ont marqués en tant que lecteurs, la volonté de les rendre à nouveau disponibles est un des moteurs premiers pour nous lancer dans cette périlleuse aventure qu’est l’édition.

 

Notre maison s’est construite pas à pas, au fil des rencontres les horizons s’ouvrent, des liens se tissent : notre catalogue témoigne de cette diversité des regards, de notre ouverture sur le monde, d’une attention au contemporain qui se nourrit également du passé... En espérant que, de ce chatoiement, les lecteurs reconnaissent une vraie cohérence.

 

 

en partenariat avec le réseau Initiales