Winston Churchill, ce poète inconnu

Nicolas Gary - 07.02.2013

Edition - Economie - Winston Churchill - poésie - enchères


Les politiques entretiennent souvent une relation étroite avec la poésie. Quitte à ce que ce soit avec une chanteuse brunie, à la voix sirupeuse. Pour Winston Churchill, la poésie était une pratique, quand il était jeune homme. Près de 115 ans après que son premier texte poétique a été écrit, un certain Roy Davids, libraire de livres anciens, a redécouvert la passion du jeune Winston pour la versification. 

 

 

Winston Churchill

Winston Churchill, (CC BY 2.0)

 

 

C'est avec un certain flair que le marchand a découvert une facette littéraire inconnue de cet homme qui est passé par tous les métiers de l'écrit : journaliste, essayiste, auteur et romancier, historien, biographe... N'en jetez plus, Winston Churchill a parcouru les voies sinueuses des lettres avec passion. 

 

Et c'est au cours d'une vente aux enchères, rapporte le Guardian, que le premier poème de Churchill sera mis en vente, avec une estimation qui l'évalue à 15.000 £. 

 

Voici un extrait, cité par nos confrères de Our Modern Watchwords

 

I

The shadow falls along the shore

The search lights twinkle on the sea

The silence of a mighty fleet

Portends the tumult yet to be.

The tables of the evening meal

Are spread amid the great machines

And thus with pride the question runs

Among the sailors and marines

Breathes there the man who fears to die

For England, Home, & Wai-hai-wai.

 

II

The Admiral slowly paced the bridge

His mind intent on famous deed

Yet ere the battle joined he thought

Of words that help mankind in deed

Words that might make sailors think

Of Hopes beyond all earthly laws

And add to hard and heavy toil

the glamour of a victim(?) cause

 

 

C'est que Churchill avait pour la poésie une réelle passion. Dans un discours prononcé en 1942, il cite Robert Burns, et achève par une citation de Sir Harry Lauder. « Ce n'était pas un truc facile de politiciens : Churchill était un admirateur de Lauder », explique Allan Packwood, directeur du Churchill Archive Centre au Churchill College, situé à Cambridge. 

 

D'ailleurs, il est notoire que Churchill aimait régaler son auditoire de citations de poèmes : en voyage avec Roosevelt, il avait ébloui de morceaux choisis, à l'occasion d'une conférence à Casablanca, en 1943. Et en de multiples autres occasions, il sut se faire remarquer par des déclamations diverses...

 

Le texte a été rédigé en 1899 ou 1900, alors que Churchill était l'équivalent actuel d'un lieutenant, officiant pour l'Empire britannique. Pour Roy Davids, cette découverte est « de loin la plus excitante chose sur Churchill que je n'ai jamais vue », et ce, même si le texte lui-même est assez moyen poétiquement parlant. Andrew Motion, ancien Poet Laureat britannique, trouve même que c'est écrit avec de gros sabots.

 

« Je ne savais pas qu'il écrivait des poèmes, mais quelque part, je ne suis pas surpris », explique-t-il. Mais l'ensemble, analyse le poète, ne relève pas de la grande poésie. Certains vont même plus loin : c'est de la bonne rhétorique, mais pas de la poésie.