Yambo Ouologuem, premier lauréat africain du Prix Renaudot, est mort

Antoine Oury - 17.10.2017

Edition - Les maisons - Yambo Ouologuem - Yambo Ouologuem Renaudot - Prix Renaudot lauréat


L'écrivain Yambo Ouologuem, originaire du Mali et premier lauréat africain du Prix Renaudot en 1968, est mort le 14 octobre 2017 à Sévaré, dans le centre du Mali. Il avait reçu la récompense pour son premier livre, Le Devoir de violence, une distinction par la suite entachée par des accusations de plagiat pour l'écriture de ce roman. Ouologuem avait ensuite écrit d'autres livres, mais s'était éloigné d'un milieu littéraire qui l'avait déçu.

 

Yambo Ouologuem, en 1968 (capture d'écran ina.fr)


 

Né le 22 août 1940 à Bandiagara au Mali, alors le Soudan français, Yambo Ouologuem est le fils d'un inspecteur d'académie à Bandiagara, au Mali : en conséquence, il bénéficie d'une solide scolarité, d'abord à Bamako puis à Paris, au lycée Henri-IV, à partir des années 1960. Il maîtrise des langues africaines, mais aussi le français, l'espagnol et l'anglais.

 

De 1964 à 1966, il enseigne dans un lycée de Charenton, dans le Val-de-Marne, tout en travaillant son doctorat de sociologie à l'École Normale Supérieure. Il trouve également le temps d'écrire, une activité qu'il pratique régulièrement depuis plusieurs années. En 1968, les éditions du Seuil publient son premier roman, Le Devoir de violence, qui obtient le Prix Renaudot la même année.

 

Le roman secoue les consciences, notamment en Afrique, en plaçant le pays devant ses responsabilités vis-à-vis de l'emprise coloniale. Quelques mois après l'obtention du Prix Renaudot, l'écrivain se retrouve accusé de plagiat pour des passages de son roman qui seraient directement tirés d'œuvres de Graham Greene et l'écrivain français André Schwarz-Bart.

 

L'auteur dément ces accusations, soulignant qu'il avait encadré ces citations de guillemets dans son manuscrit, mais les éditions du Seuil retireront de la vente Le Devoir de violence en 1972. En 1969, Yambo Ouologuem écrit et publie malgré tout deux livres, Lettre à la France nègre, un recueil de lettres incendiaires qui visent à la fois les populations des pays colonisés et les hypocrites discours anti-racisme du colonisateur, et Les Mille et une bibles du sexe, sous le pseudonyme d'Utto Rodolph.

 

« C'est un écrivain africain qui parle de la société bourgeoise branchée, aisée, de Paris et de la province française et qui montre, en somme, leur vie de plaisirs. [...] Ce texte, qui est en plein dans la France, montre bien sa démarche : Yambo Ouologuem veut être connu comme un écrivain français, comme un écrivain tout court, en fait. Et donc il écrit dans la grande tradition érotique des Sade, Apollinaire, etc. », expliquait Jean-Pierre Orban, qui a réédité Les Mille et une bibles du sexe aux éditions Vents d'ailleurs en 2015.





Déçu et en colère vis-à-vis d'un milieu littéraire qui l'avait définitivement rejeté après ces accusations de plagiat, Yambo Ouologuem était parti au Mali à la fin des années 1970. Inconnu dans son pays, son oeuvre est peu à peu tombée dans l'oubli en France, jusqu'aux récentes rééditions, aux éditions Vents d'ailleurs ou au Serpent à plumes pour Le Devoir de violence.

« En accusant Ouologuem de plagiat, on a négligé l’intertextualité dont son texte faisait preuve alors même que la littérature moderne en développait la tendance. À l’époque du tiers-mondisme et dans une Afrique s’affirmant victime de l'histoire et de l'Occident, son propos iconoclaste sur la continuité de la violence depuis l’époque pré-coloniale était mondialiste avant l’heure », souligne le critique littéraire Boniface Mongo-Mboussa, cité par RFI.

Depuis son retour au Mali, Yambo Ouologuem vivait loin des caméras et du milieu littéraire, en véritable reclu, selon ses proches et notamment sa fille Awa Ouologuem, qui se battait pour sa reconnaissance.