Yann Martel sommé de s'excuser pour d'horribles propos sur l'Inde

Clément Solym - 13.10.2012

Edition - International - Yann Martel - Inde - corruption


L'Inde, c'est horrible, d'ailleurs seuls les Indiens y vivent. Ces propos de Yann Martel tombent mal, alors que l'auteur est en pleine promotion de son film, Life of Pi, film particulièrement attendu. Et pour lequel il a passé une année, justement en Inde, pour écrire le livre dont il est adapté.Irrfan et Tabu en sont les personnages principaux.

 

 

 

 

« Vous voyez, il n'est pas possible de s'endormir, en Inde, moralement et existentielleme, pour le meilleur ou pour le pire. À certains égards, l'Inde est un endroit horrible. C'est corrompu, violent, il subsiste des inégalités qui sont inquiétantes. Dans le même temps, c'est de là que vient le Mahatma Gandhi. C'est un endroit entre l'idéalisme et la corruption », racontait l'écrivain. Mais il ne s'est pas arrêté là.

 

« L'Inde incarne le meilleur et le pire de l'humanité. On y trouve beaucoup d'extrémisme. Parfois, cela devient un peu fatigant. Ce que l'Inde m'a apporté, c'est que pour la première fois, j'ai vraiment et sérieusement questionné la foi. Qu'est-ce que cela signifie de croire en Allah, Vishnu, ou Boudha, et Jesus ? La religion, en Inde, pour le meilleur et pour le pire, reste une chose très courante, non ? »

 

Et de conclure que c'est cet environnement mystique, probablement, qui l'a entraîné dans l'écriture de Life of Pi. « Et a également changé ma vie. »

 

Sauf que ces propos n'ont pas tardé à faire réagir les communautés indiennes. Le romancier Chetan Bhagat avait tenté de corriger le tir : « Il a le droit de dire ce qu'il veut. Il n'a pas tort... mais comme il est étranger, il a pu rencontrer quelques problèmes. » Et le réalisateur Rohan Sippy d'essayer, à son tour, d'éteindre l'incendie. « S'il a pointé quelque chose dans notre pays qui ne va pas, nous devons travailler dessus. »

 

1,2 milliards d'habitants injuriés

 

Cela n'a pas suffi : le lauréat du prix Man Booker s'est fait tirer les oreilles. Rajan Zed, homme politique indien, s'est insurgé contre des propos « illogiques et irrationnels », en regard de la valeur culturelle, religieuse, philosophie si riche de l'Inde. Le président de la Confédération Indo-américaine réclame dès lors à l'auteur canadien des excuses immédiates.  

 

Le pays fait peut-être face à des problèmes de pauvreté, de santé, de corruption, d'alphabétisation, mais une pareille généralisation est insupportable, pour un pays de plus de 1,2 milliard d'habitants. Et de déplorer que les cinéastes du monde entier, qui s'intéressent à l'Inde, devraient plus d'intéresser au pluriculturalisme, et explorer plus finement le pays. 

 

Après tout, l'Inde est une puissance mondiale émergente, la plus grande démocratie au monde, assure-t-il, avec des paysages magnifiques, des sommets enneigés, des festivals culturels et des sites historiques et... merci pour la carte postale. Soulignant que le pays est l'une des plus grandes civilisations au monde, Rajan Zed déplore donc les paroles de l'auteur, autant que le regard du réalisateur, Ang Lee. 

 

Insultes à répétition ?

 

On se souviendra que récemment, c'est la romancière J.K. Rowling qui avait suscité les foudres de la communauté sikhe, pour avoir introduit dans son roman, Une place à prendre, une famille immigrée indienne. Or, celle-ci est vue au travers d'un prisme assez raciste, et la jeune fille du livre décrite comme velue et tétonnière. Une insulte, pour l'Inde. 

 

« Si quelque chose d'écrit va à l'encontre de la dignité des sikhs, nous nous adresserons au premier ministre indien, Manomohan Singh et lui demanderons instamment de s'occuper de cette affaire, avec le Royaume-Uni, en intentant un procès contre Rowling », expliquait le responsable du Shiromani Gurdwara Parbandhak, Avtar Singh Makkar.

 


L'Odyssée de Pi (Life Of Pi) - Bande-Annonce... par Lyricis