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Yasmina Khadra et Kamel Daoud contre Rachid Boudjedra : la mise au point

Laure Besnier - 11.10.2017

Edition - International - Rachid Boudjedra - Yasmina Khadra - Kamel Daoud


L’écrivain algérien Rachid Boudjedra a écrit ce mois-ci un pamphlet, Les contrebandiers de l’histoire, paru aux éditions Frantz-Fanon, dans la collection « Mise au point ». À la suite de sa publication, les écrivains Yasmina Khadra et Kamel Daoud réagissent, le premier par une lettre ouverte sur Facebook, le second par un dépôt de plainte contre l’auteur et son éditeur. Et ce dernier a tenu à avoir le dernier mot.

 

Kamel Daoud

Kamel Daoud, ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Peu de temps après la parution de Les contrebandiers de l’histoire, l’écrivain algérien Yasmina Khadra a adressé une lettre à Rachid Boudjedra sur Facebook. Bien qu’il affirme être habitué aux attaques de Rachid Boudjedra, il répond à cette dernière en date : « Tu me traites de bougnoule de service ? Sache que suis boycotté par l’ensemble des institutions littéraires de France depuis 2008. Tu contestes mon algérianité ? Je te rappelle que lorsque tu te terrais à Paris, durant la décennie noire, je menais une guerre atroce dans les maquis terroristes. Sans mes compagnons de combat et mes milliers de morts, jamais tu n’aurais remis les pieds en Algérie. ».

Puis, après avoir rappelé qu’il est l’écrivain algérien le plus lu et le plus aimé au Maghreb, il conclut en pardonnant à Rachid Boudjedra ses « égarements ».
 

 

 

Un autre écrivain algérien, Kamel Daoud, a, de son côté, envoyé une lettre à la rédaction du Huffpost Algérie. Il est accusé par Rachid Boudjedra d’appartenir au Groupe islamique armé (GIA), inscrit sur la liste officielle des organisations terroristes dans certains pays et notamment en France. Il conteste : « Durant les années du GIA, j’étais journaliste, exerçant ce métier qui a payé de ses martyrs sa vocation. Je n’avais pas un couteau, mais un stylo. » Puis, il annonce déposer plainte contre l’écrivain ainsi que son éditeur pour deux raisons.

La première : « Il s’agit d’une diffamation grave, d’une insulte à ma personne, au père et au fils que je suis, à la mémoire blessée de ma génération : lire dans un ouvrage publié que j’ai été « très jeune membre du GIA ! », donc membre d’un groupe d’assassins qui a marqué au sang notre souvenir et nos corps, m’est intolérable. Insupportable. ».

La seconde : « Il n’est pas facile non plus de réagir à l’irresponsabilité d’un éditeur, Frantz Fanon, qui ne semble accorder que peu de place à la rigueur et à l’éthique. L’éditeur algérien est fragilisé par un environnement, une économie du livre qui permet à peine de survivre et il subit des pressions diverses. »
 

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À cela, le directeur des éditions Frantz-Fanon, Amar Ingrachen, se défend : « Monsieur Kamel Daoud estime que son accusation d’appartenance au GIA par Monsieur Rachid Boudjedra est inadmissible. C’est son droit de répondre de la manière qu’il estime la plus adéquate à l’auteur de cette accusation. »

Il ajoute cependant que « les accusations de manque de rigueur et d’éthique qu’il profère à l’encontre des Editions Frantz Fanon sont tout autant inadmissibles ». Il explique à ce titre que la collection « Mise au point » a été créée dans le but de publier des débats et qu’elle refuse toute censure. 


Via Le Temps d'AlgérieHuffPost AlgérieEl Watan