Yemen : la littérature érotique répond au besoin d'évasion

Clément Solym - 09.07.2012

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Avec l'explosion des ventes de Fifty Shades of Grey, la littérature érotique semble conquérir ses lettres de noblesse. Mais le monde occidental n'est pas seul à profiter de récits coquins. Depuis quelques mois, en hommage à la révolution arabe d'Égypte, les étudiants ont rebaptisé la place située devant l'université de Sanaa (capitale du Yémen), Place Tahrir. Et sur cette place, on retrouve des livres, pour le moins étonnants.



Yemen Market

Crédit Flickr

 

En février dernier, les étudiants protestaient contre le président Ali Abdullah Saleh, depuis 32 ans installé au pouvoir, sur cette même place. Mais depuis quelques jours, ce sont des livres, un large choix, qui s'exhibent sur la place. Bon nombre sont des ouvrages traitant de religion, de culture ou de scolarité. Mais certains d'entre eux sont des livres classés X, parlant de sexe ou d'autres sujets tabous. Et bien entendu, ces derniers attirent particulièrement l'attention. 

 

Yemen Observer cite un professeur de sociologie de l'université de Sanaa, Adel Al-Sharjabi, pour qui ces ouvrages, et l'intérêt qu'ils suscitent, reflètent un faible niveau d'éducation et un manque de moralité - signes typiques des pays pauvres et sous-développés, estime-t-il. Les livres proposés offrent au choix : religion, sorcellerie ou sexe. 

 

Et les lecteurs s'engouffrent vers ces derniers, parce qu'ils aspirent à un peu de nouveauté, lassés qu'ils sont de la politique. « Ils essaient d'échapper à la triste et terne réalité, par la lecture de ces sujets. » Évidemment. Mais le professeur de déplorer : « Les institutions culturelles yéménites n'effectuent pas leur devoir de promotion d'une culture responsable et respectueuse. »

 

Un libraire local souligne que la majorité des clients pour les livres érotiques, sont des clientes : des femmes, et des jeunes filles, qui sont empressées d'avoir des lectures d'évasion. Ces livres, on les retrouverait même en bibliothèque, et ils attirent l'attention des usagers, qui les recherchent alors dans les librairies. 

 

C'est que, malgré l'accès à internet, les livres semblent toujours avoir un quelque chose de plus réel que les textes que l'on peut découvrir sur la Toile. 

 

Une situation paradoxale, alors qu'un article de ce même Yemen Observer pointait, en novembre 2007, que le pays manquait cruellement d'éditeurs et de livres. Dans le cadre de la 24e Foire du livre internationale de Sanaa, de véritables problèmes d'alphabétisation étaient pointés dans les pays arabes, et tout particulièrement au Yémen.

 

Le taux de lecture annuel, dans le monde arabe, serait d'un quart de page par personne, (sic !) contre 12 livres par an aux États-Unis et 7 en Israël. 

 

« Les politiques commerciales devraient diminuer les sur les matériaux utilisés pour la fabrication de livres. En outre, l'Autorité d'investissement doit mettre en oeuvre des lois concernant l'industrie de l'impression, qui fournit les maisons d'édition », expliquait alors Saeed Faisal Fare'a, directeur de la Fondation al-Saeed pour la science et la culture.