"You lazy cocksucker" : Burgess vu par Thompson

Camille Cornu - 11.01.2016

Edition - Société - Burgess lettre - Thompson - journalisme


La carrière journalistique de Burgess a parfois connu quelques déboires. En 1973, il profite d’un séjour en Italie et n’est plus tellement motivé pour rédiger la commande du Rolling Stone magazine, un essai... Il propose alors à la place « un roman de 50.000 mots que je viens de finir, à propos de la condition humaine, etc. Peut-être serait-ce mieux qu’un simple essai » ? Le rédacteur en chef, Hunter S. Thompson, n’a pas vraiment été de cet avis. 

 

 

 

La lettre, disponible dans More letters of note (Canongate Books, 2015) de Shaun Usher, a été postée il y a cinq jours sur Imgur.

 

Malheureusement pour Burgess, c’est Thompson qui était alors l’éditeur du Rolling Stones, et la « proposition » a atterri sur son bureau. Thompson s’est alors légèrement lâché pour être bien sûr de remettre son chroniqueur au travail : 

 

« Quel plan foireux, quelle connerie à moitié folle essaies-tu de nous refourguer ? Quand Rolling Stone demande un essai, mais c’est qu’on veut un putain d’essai (...) Tu nous prends pour des lézards décervelés ? (...) Le temps est fini où des feignants comme toi pouvaient s’en tirer avec les petites arnaques dont tu t’es enrichi dans le passé. Bouge ton cul inutile de la piazza et retourne à la machine à écrire. Le monde est rempli de types comme toi, Burgess, et je ne sais pas si je vais pouvoir le supporter encore longtemps. »

 

L’auteur de l’Orange mécanique n’en était pas à ses premiers déboires avec le journalisme. Il avait débuté cette activité dès 1937 dans la revue universitaire The Serpent, alors qu’il était étudiant à l’université de Manchester. Puis sa carrière de chroniqueur culturel commence vraiment à fleurir lorsqu’il devient un écrivain célèbre.

 

Il écrit pour le Times literary supplement ou le Guardian, parfois anonymement, surtout lorsqu’il s’agit de critiquer ses propres livres. Il se fera d’ailleurs licencier du Yorkshire Post pour avoir publié une critique de son propre roman, « Inside Mr. Enderby », publié sous le pseudonyme de Joseph Kell. 

 

 


Pour approfondir

Editeur : Robert Laffont
Genre : littÉrature...
Total pages :
Traducteur : hortense chabrier, georges belmont
ISBN : 9782221108499

L'orange mécanique

de Anthony Burgess

Oeuvre prémonitoire s'il en fut, ce roman d'Anthony Burgess, paru en 1962, a pour cadre un monde futuriste furieusement proche du nôtre. Son héros, le jeune Alex, s'ingénie à commettre le mal sans le moindre remords : en compagnie de ses drougs, il se livre à la bastonnade, au viol et à la torture au son d'une musique classique censée apporter la sérénité de l'âme. Incarcéré à la suite d'un hold-up raté, il subit un traitement chimique qui le rend allergique à toute forme de violence. A sa sortie, devenu doux comme un agneau, il endure les avanies que lui infligent les anciens membres de sa horde dont certains sont passés du côté du service d'ordre, avant d'être recueilli par une de ses victimes. Tout le génie de Burgess éclate dans ce livre sans équivalent, entre roman d'anticipation et conte philosophique, qui s'interroge avec autant d'humour que de lucidité sur la violence, le mal, et la question du libre arbitre. Burgess, qui fut linguiste et compositeur avant de devenir romancier, réussit en outre le prodige d'inventer une langue, le nasdat, dans laquelle son héros et narrateur Alex raconte sa propre histoire. " Je ne connais aucun écrivain qui soit allé si loin avec le langage ", commentera William S. Burroughs. L'Orange mécanique assurera, avec un petit coup de pouce de Stanley Kubrick, la célébrité mondiale à son auteur.

J'achète ce livre grand format à 9 €

J'achète ce livre numérique à 7.99 €