YouTube, grand pourvoyeur de contenus scientifiques pour les jeunes

Camille Cado - 31.01.2020

Edition - Société - Youtube ado pratique - pratique culturelle adolescents - enquête réseaux sociaux


La restitution de l’enquête « Les 15-25 ans & les YouTubers de sciences » pilotée par l’Observatoire de la lecture des adolescents de Lecture Jeunesse se tenait ce jeudi 30 janvier 2020. Elle portait sur les habitudes de consommation des contenus scientifiques sur le réseau social, d’interrogeant ces nouvelles pratiques culturelles en regard de leurs “ancêtres”, les revues spécialisées, souvent laissées pour compte. 
 
Photo d'illustration - ActuaLitté CC BY SA 2.0


À l’heure des fake news, Lecture Jeunesse a voulu mettre un coup de projecteur sur les nouvelles pratiques culturelles des jeunes, à savoir, la consommation du contenu scientifique sur YouTube. Plateforme en plein essor sur la dernière décennie, les Youtubers y traitent d'une multitude de sujets dont les sciences.

Agora 2.0 ou espace de médiation incontournable, il s’agissait d’analyser les contenus de ces chaines dites « scientifiques » et leur impact sur les pratiques culturelles scientifiques et la lecture de ce jeune public. C’est au Palais de la Découverte, lieu symbolique pour les médiations des savoirs pour les jeunes, que les données de l’enquête ont été restituées.

Pour comprendre l’aspiration des jeunes pour les thématiques scientifiques, la conférence a d’abord introduit les données de l’enquête PISA 2018 (Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves). Cette étude évalue tous les trois ans les compétences des élèves âgés de 15 ans en lecture, sciences et mathématiques. 
 

L’appétence ne se trouve pas dans les livres


Selon l’évaluation, 72 % des élèves français interrogés affirment être intéressés par la chose scientifique, soit plus de la moyenne des autres pays de l’OCDE qui s’évalue à 64 %. Et si 68 % d’entre eux ont déclaré prendre plaisir à acquérir de nouvelles connaissances dans le domaine, seuls 45 % aiment lire des textes qui traitent de sciences (contre 52 % pour la moyenne des autres pays de l’OCDE).

Le goût est bien là, mais les supports textuels sont plutôt délaissés. Les chiffres sur la participation des élèves à des activités scientifiques le confirment. En France, les jeunes de 15 ans préfèrent surfer sur des sites Web traitant de thèmes de science (23 %) et regarder des programmes télévisés (21 %) plutôt que de lire une revue de science ou des articles scientifiques (15 %). Ils ne sont pas non plus avides d’ouvrages spécialisés puisque seul 1 élève sur 10 a acheté ou emprunté un livre scientifique. 

Après ce regard global sur le lien entre la science et les jeunes, ce sont les données de l’enquête intitulée « Les 15-25 ans & les YouTubers de sciences » qui ont été présentées. L’étude s’est tenue du 27 septembre au 4 octobre 2019.

Le panel était constitué de 1000 jeunes (500 hommes - 500 femmes) âgés de 15 à 25 ans. Les cibles étaient diverses : des étudiants secondaires, des étudiants postbac, des jeunes actifs, mais aussi des Franciliens et des ruraux. Leur niveau de vie a également été pris en compte selon les catégories socioprofessionnelles de leur foyer. Les jeunes qui composaient cet échantillon ont dû répondre à un questionnaire pendant une 20aine de minutes.
 

YouTube, le réseau social incontournable


Selon l’étude, YouTube est le réseau social le plus consulté par les jeunes. En effet, près de 9 jeunes sur 10 s’y rendent au moins une fois par semaine et 3 jeunes sur 4 s’y rendent tous les jours ou presque. Et si la plateforme s’impose auprès de tous, ses concurrents se classent ensuite différemment selon les cibles. Après YouTube, les étudiants du secondaire préfèreraient ainsi Instagram et Snapchat alors que les jeunes actifs jetteraient davantage leur dévolu sur Facebook et Instagram. 

Si la pratique de YouTube est majoritairement dédiée à des fins récréatives, elle diffère également selon le genre et l’âge des interrogés. Les femmes l’utilisent surtout pour se détendre, tandis que les étudiants du secondaire s'en servent pour suivre des personnalités appréciées et les hommes, pour améliorer leur culture générale.

Les sciences sont manifestement un thème qui les mobilise sur YouTube. Plus de 4 jeunes sur 10 visionnent en effet des vidéos scientifiques au moins une fois par semaine. Les thématiques favorites sont le corps humain, la high-tech et l’astronomie. Pour la majorité, ils regardent les vidéos dans leur intégralité, plutôt le soir, sur leur smartphone. La plupart privilégient aussi les formats mobilisant la présence du vidéaste, face caméra. 

Les 3/4 du panel connaissent au moins un YouTuber scientifique au sein d’une liste proposée. Dr. Nozman et Doc Seven sont de loin les plus connus. 
 

 


La science, plus accessible sur YouTube ? 


À l’inverse des vidéos généralistes, les motifs de consultation des vidéos scientifiques portent plus sur l’apprentissage que sur la détente. Et plutôt que de lire un contenu scientifique — tout format confondu —, les jeunes adultes préfèrent se documenter via des vidéos sur la plateforme. 

Un choix, que l’étude tente d’expliquer par différentes raisons : le format de la plateforme qui est attractif, ludique et facile d’accès, mais aussi, le contenu qui parait plus simple que celui des ouvrages.

« Je trouve le format plus ludique et n’ayant pas de qualifications spécifiques dans ce domaine, je me concentre sur des vidéos simples d’accès », affirme un des interrogés. « Les revues sont souvent un peu complexes par rapport à mes connaissances », souligne un autre. « Et puis, je comprends et retiens mieux avec des images. »

En ce sens, près de 9 jeunes interrogés sur 10 s’accordent à dire que les vidéastes rendent l’information scientifique facile à comprendre. 


Plus fiables que les revues spécialisées ?


L’étude porte également sur les critères de légitimité des contenus scientifiques. Pour ces jeunes, le fait que le YouTuber cite des sources vérifiables, soit transparent sur l’origine et la finalité de la vidéo (financement, partenariat, publicité) rend son contenu plus crédible.

Et si l’on peut s’inquiéter des fake news qui se multiplient sur la toile et sur la véracité des propos de ces vidéastes, plus de la moitié des jeunes interrogés (59 %) a estimé le contenu des vidéos aussi fiable qu’une émission à la radio, qu’un reportage à la télévision (à 61 %), qu’un contenu d’un cours de sciences donné en classe (à 57 %).
 

Quant aux livres ou aux revues scientifiques, 12 % des jeunes consultant des contenus scientifiques sur le réseau social les estiment moins fiables que les YouTubers contre 53 % qui les mettent à égalité. 

L’étude se termine sur une note plus optimiste. En effet, regarder des vidéos scientifiques peut avoir des impacts sur la consommation culturelle d’autres médias, dont les livres. Par exemple, 54 % des interrogés  regardent un film ou un documentaire de temps en temps après avoir visionné une vidéo. 49 % déclarent se renseigner davantage en ouvrant un ouvrage ou en lisant un article sur le sujet. 



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