Youtube, Twitter : la censure en Turquie est "de pire en pire"

Antoine Oury - 28.03.2014

Edition - International - twitter - Turquie - censure


Ces derniers jours, les autorités turques se sont démenées pour limiter au maximum la circulation d'information et la liberté d'expression : dès le début de la semaine, le gouvernement bloquait le réseau social Twitter, avant de s'attaquer à la plateforme YouTube. En cause, des documents qui circuleraient sur ces sites, révélant des affaires de corruption à l'encontre de membres du gouvernement.

 


Recep Tayyip Erdogan - Twitter Splatter

Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre de la Turquie (DonkeyHotey, CC BY-SA 2.0)

 

 

Visiblement, la population n'est pas dupe : les utilisateurs du réseau social à l'oiseau bleu contournent allègrement les blocages, et moquent même l'archaïsme du gouvernement d'Erdogan. Mais le fait que que ce dernier n'hésite pas à bloquer un site très fréquenté ne rassure pas vraiment quant à la liberté d'expression dans le pays.

 

Le lauréat turc du Prix Nobel Orhan Pamuk a été l'un des premiers à s'inquiéter de cet état de fait, assurant que la situation de la liberté d'expression dans son pays « était de pire en pire, voire même bien plus grave ». Réagissant promptement, le PEN International et l'English PEN ont mis sur pied une lettre ouverte, signée par de nombreux auteurs : Salman Rushdie, Zadie Smith, Margaret Atwood, Karl Ove Knausgaard...

 

Si les mesures de blocage sont aisément contournées par la population, la façon dont Erdogan a pu bloquer deux plateformes majeures inquiète : « La véritable inquiétude, je crois, c'est qu'Erdogan semble pouvoir à présent faire ce qu'il veut, quand il veut. Et c'est la raison pour laquelle nous sommes inquiets pour la suite, la façon dont il va tenter de faire taire les opposants ou d'écraser l'opposition », déclare Maureen Freely, traductrice de Pamuk et nouvelle présidente de l'English PEN.

 

En effet, Erdogan s'est allègrement permis d'outrepasser la législation et les autorités de la Turquie. Le 26 mars, une cour administrative a déclaré le blocage de Twitter illégal, sans que le gouvernement ne lève pour autant l'interdiction. Autrement dit, la justice n'a plus d'autorité aux yeux d'Erdogan.

 

La lettre envoyée au gouvernement rappelle quelques faits : la Turquie est classée 154e sur 180 dans le World Press Freedom Index, et, souligne la missive, « des traducteurs, correcteurs, éditeurs, et écrivains font face à des procédures judiciaires ou même à des peines de prison pour expression légitime face à des entraves législatives ». La situation de Muharrem Erbey est particulièrement mise en avant : cet écrivain et avocat a été arrêté en 2009, vraisemblablement parce qu'il entretenait des liens avec des partis politiques kurdes, et n'a jamais été relâché depuis.

 

La lettre salue « la décision de la cour administrative d'Ankara et nous pressons les autorités des télécommunications de restaurer l'accès à Twitter immédiatement ». Le document a été joint à un rapport du PEN International et de l'English Pen sur les événements qui se sont déroulés entre juin et août 2013, au parc Gezi. Déjà, le gouvernement usait et abusait des forces de police, de censure généralisée et violait sans vergogne les droits de l'homme.