YouTube, une télévision promotionnelle comme une autre

Cécile Mazin - 04.01.2016

Edition - Société - Youtube télévision - promotion internet - livres publication


Depuis des siècles, les éditeurs rivalisent d’ingéniosité en collant aux livres des bandeaux. Mais quand un ouvrage sort, et qu’il n’a pas encore eu de prix, les possibilités de communications sont maigres. Il y avait bien le traditionnel Vu à la télévision, qui laissait entendre que le grand public avait été petitécranosensibilisé. Mais à l’époque des smartphones, le meilleur copain de la promotion audiovisuelle, c’est Youtube, note Rue89.

 

YouTube TV

Esther Vargas, CC BY SA 2.0

 

 

« 15 millions de vues sur YouTube », indique ainsi le bandeau du livre Solange te parle, qui sortira mercredi en librairie, aux éditions Payot. Payant ? L’éditeur l’espère et explique qu’il s’agit là d’une « accroche » qui « fait partie du dispositif pour séduire l’acheteur ». Youtube est donc devenu une marque suffisamment parlante pour que l’on s’en serve dans sa communication. 

 

L’emballage fera-t-il recette ? Dans le cas d’Ina Mihalanche, dite Solange, l’humoriste a privilégié l’outil de Google pour se promouvoir. Également actrice, artiste plasticienne et monteuse, cette Canadienne de Montréal joue sur différents registres et évidemment, cette manière coule de source.

 

Il sort mercredi. Tu pourras le caresser en librairie (et repartir avec si affinités...)

Posté par Solange te parle sur dimanche 3 janvier 2016

 

C’est le même principe qui participe de la signature de certains auteurs : une notoriété, une multitude de passage à la télévision, dans les médias, une carrière d’artiste, etc. En somme, toute personne qui dépasse les 15 minutes de gloire wharoliennes, même de quelques secondes, peut avoir un intérêt livresque. Pourtant, on sait combien ce postulat est fragile : la notoriété au sein de la cité n’est en rien garante d’une réussite commerciale de l’ouvrage. Et à ce titre, nous souhaitons sincèrement bon courage (et bonne année) à Solange, dans la promotion de son livre. 

 

De l'engouement pour la roue que l'on réinvente

 

En revanche, les relations entre internet et la prescription de livres nous reverraient facilement à un précédent dossier, traité ici même : si la télévision manque de temps pour parler des livres, ne faut-il pas admettre qu’internet dispose de tout l’espace nécessaire pour ce faire ? 

 

Si la télévision place des livres partout dans ses émissions, et négligeait donc la littérature, internet occupe assez facilement les espaces laissés vacants. Les impératifs d’audimat, pour les internautes produisant leurs contenus, ne sont pas ceux des chaînes publiques ou privées.

 

Or, voilà quelque temps qu’un mouvement semble gagner l’édition : l’engouement pour les booktubers. À l’instar des blogueurs qui furent un temps brandis comme les maillons salutaires (et gratuits...) de la communication, les temps ont donc changé : le blogueur maintenant réclame à être payé, pour faire la pub d’un livre, et de toute manière, on préfère la pub en vidéo. Et pour le livre, cela se nomme les booktubers. 

 

Ces derniers ont remplacé dans les cœurs les blogueurs, relégués au rang d’internaute d’avant la révolution 3.0 – ou 4.0, on perd le compte facilement... La réalisation est soignée, la lecture et l’enthousiasme vraiment motivés : rien à redire, l’outil est idéal, se partage en deux clics. 

 

Maintenant, les consommateurs de ces recommandations livresques mériteraient d’être un peu mieux ciblés. On dit qu’il s’agit d’adolescents – probable, ces derniers apprécient les réseaux et internet, paraît-il. Entre Télématin, émission diaboliquement prescriptrice pour ce qui est des livres et la chronique d’un booktuber, quelle différence ? La tranche d’âge des spectateurs, tout simplement – et de l’avis d’attachées de presse, consultées sur le sujet, l’incidence sur les ventes est très compliquée à quantifier avec Youtube, contrairement à Télématin, où l’effet se percevrait plus rapidement. 

 

 

 

Finalement, seule la taille de l’écran et la manière de l’observer ont changés ? Pas tout à fait non plus : l’exercice qui consiste à faire un one-(wo)man-show pour parler de ses lectures n’est pas des plus évidents. Et n’a clairement rien à voir avec une émission TV, particulièrement structurée. Peut-être que « Vu sur Youtube par des millions d’internautes » tient d’une vraie-fausse modernité, tout bonnement. 

 

Si cela amène les lecteurs vers le livre qui leur convient, qui s’en plaindra ?