Zainub Priya Dala, admiratrice de Rushdie, séquestrée en hôpital psychiatrique

Antoine Oury - 13.04.2015

Edition - International - Zainub Priya Dala - Salman Rushdie - hôpital psychiatrique


Le mois dernier, l'auteure sud-africaine Zainub Priya Dala avait été agressée dans sa voiture par plusieurs individus, frappée à coup de brique et menacée d'un couteau. Sans le passage inopiné d'un autre véhicule, l'auteure serait probablement morte. L'admiration qu'avait exprimée l'auteure pour Salman Rushdie serait à l'origine de l'agression, qui s'est depuis changée en une séquestration dans un hôpital psychiatrique.

 


Zainub Priya Dala, quelques heures après son agression

 

 

Interrogée lors d'une rencontre avec les étudiants du canton de Chatsworth, Zainub Priya Dala avait simplement répondu que Salman Rushdie était son auteur favori. Depuis, elle vit un véritable cauchemar : après l'agression dont elle a été victime, la communauté musulmane de Durban a fait pression sur la jeune femme pour qu'elle revienne sur ses déclarations.

 

Rappelons que Salman Rushdie est toujours visé par une fatwa de l'ayatollah Rouhollah Khomeini, suite à la publication des Versets sataniques, en 1989.

 

La situation s'est envenimée pour Dala, musulmane non pratiquante : sur les conseils d'un responsable religieux, elle a accepté d'être examinée à l'hôpital psychiatrique de Saint Joseph, à Durban. Cette consultation devait lui permettre de surmonter le stress post-traumatique, après son agression. D'après The Guardian, Zainub Priya Dala fait partie d'une famille dont certains hauts responsables religieux sont membres.

 

Une fois admise au sein de l'hôpital, Dala s'est rapidement rendu compte que le personnel médical connaissait son identité, et surtout les récents événements dont elle avait été la victime. Méfiante, Dala a demandé à s'entretenir avec son docteur, mais de « puissants médicaments » avaient déjà fait leurs effets.

 

Dala a pu partager l'enfer qu'elle traverse avec quelques messages diffusés sur Twitter, où elle explique qu'on lui a diagnostiqué un stress post-traumatique, mais qu'elle ne souhaite qu'une chose : « rentrer chez [elle] ».

 

 

L'English PEN, qui milite pour la liberté des écrivains dans le monde entier, a diffusé un autre message de l'auteure : « J'ai été droguée jusqu'à ce que je ne puisse plus marcher... Et que j'accepte de rentrer dans le droit chemin (s'il y en a un). Je pense que les dommages pour mes enfants seront au-delà de tout ce que je peux imaginer, puisqu'ils sont scolarisés dans des écoles avec 90 % de musulmans. [...] On m'a aussi demandé de justifier, d'expliquer, de disséquer et d'abandonner mon admiration pour Rushdie. C'est comme si je brûlais toute ma collection d'œuvres d'Oscar Wilde parce que des homophobes me l'avaient demandé. Je ne peux pas affirmer que je n'admire pas son écriture. J'aurai l'air d'une imbécile. »

 

L'organisation de défense des libertés, mais aussi Salman Rushdie et Neil Gaiman ont immédiatement réclamé la libération de l'auteure, détenue contre son gré dans l'institution sud-africaine.

 

 

 

 

D'après un dernier tweet de Salman Rushdie, l'auteure aurait été libérée la nuit dernière.