Zemmour devant Natascha Kampusch : humiliant

Clément Solym - 07.11.2010

Edition - Société - zemmour - kampusch - temoignage


On lui reconnaissait volontiers une approche psychologique qui rendrait malades les sculptures du Mont Rushmore. On ignorait qu'il fut possible d'en déployer moins encore.

Oui, Zemmour, c'est le petit homme - mince, une attaque physique - contre qui l'on aime taper, parce qu'il gratouille et chatouille, mais surtout agace. Alors qu’est invitée sur le plateau de Ruquier Natascha Kampusch, la jeune fille autrichienne séquestrée durant une dizaine d'années, toute l'équipe est briefée.

La presse bien avertie

Chez l'éditeur, Jean-Claude Lattès, la venue de l'auteure avait été préparée : « Nous avions donné des consignes à la presse, que certains sujets ne soient pas évoqués du tout et des choses très humaines. En fait, tenir compte de la fragilité de cette jeune femme. Nous avons vraiment tout mis en place pour qu'elle ne soit pas brusquée. »

Sauf que chez Ruquier, on trouve Naulleau et Zemmour. Le premier avait d'autres chats en tête à fouetter, nous y reviendrons demain (notre actualitté). Le second...

Bon, qu'il s'emmêle les pinceaux dans la définition du syndrome de Stockholm, passe encore, quoique cela pourrait en dire long sur le bonhomme - et la psychologie déployée. Au travers des trente minutes d'interview, qui paraissent des heures, tant les réponses brèves de l'invitée font planer une atmosphère lourde, les interventions d'Éric Zemmour étaient autant de sinistres points d'orgue.

Incompréhension ? Pas possible

Alors qu'en effet, l'auteure se défend d'avoir été victime du syndrome qui fait qu'une victime se range du côté de son bourreau, Zemmour va tout de même tenter de la faire rentrer dans ce schéma, citant un livre de Paulhan, qui évoque « le désir profond de l'être humain de soumission ». Et, se souvenant de cette lecture lointaine, il analyse le livre de Kampusch comme l'expression chez l'humain, « d'un profond désir de soumission et que ça apaise très vite beaucoup d'angoisse » et que cette petite fille captive « se sent mieux paradoxalement, d'être soumise ». Brillante lecture du texte, sans conteste...

Réponse de Natascha : « Je ne vois pas les choses de cette façon. » Tiens donc... « Je n'avais pas les moyens de faire autre chose », continue-t-elle. Zemmour n'ajoutera rien. Pour l'instant.

Comportement insultant ? Peut-être

Et passé un certain temps, évoquant qu'elle avait annoncé à son ravisseur qu'elle allait s'enfuir, il revient à la charge : « Il ne vous a pas cru, parce qu'il y avait des rapports très particuliers entre vous... comme s'il jouait à Dieu et que vous jouiez à la créature. On a l'impression qu'il vous a réinventée, recréée. En tout cas, c'était son fantasme complètement fou. Et on a l'impression que vous avez joué le jeu pendant un certain temps », déballe le chroniqueur.


Bon, mon cher Éric, soit l'histoire de Natascha vous a complètement échappé, soit vous n'avez pas même écouté la réponse vous disant qu'elle n'avait pas pu faire autrement, soit vraiment, une moule aurait pu mener l'interview avec plus de finesse...

En fait, du Zemmour classique...

Et histoire de finir en beauté, Zemmour, bien renseigné, a retenu à la lecture du livre (sic !) « qu'elle vivait dans la maison où elle avait été retenue ». Bon... passe encore l'absence insultante de psychologie, mais la vérification de ses sources... non ? Du tout ? La réalité est qu'elle a souhaité, conformément à la législation autrichienne, que cette maison lui soit donnée en guise d'indemnité, mais avant tout pour éviter que n'importe qui l'occupe et en fasse un musée, si elle avait décidé de la vendre.

Du reste, l'animateur Ruquier n'aura pas non plus été des plus brillants, mais là, ce serait bien trop long à relever...

Il faut tout de même rendre hommage à Popeck, qui aura eu la seule phrase intelligente : « C'est simplement parce qu'elle ne s'est pas laissée envahir par la haine qu'elle est là aujourd'hui. » En espérant que cela suffise à relever l'attitude de Zemmour, qui aura tant tenu à rabaisser le propos de Natascha Kampusch, et la noblesse dont elle peut faire preuve dans son ouvrage...

L'émission peut être retrouvée à cette adresse.