Zer0 Books, l'éditeur des bloggeurs

Clément Solym - 20.02.2012

Edition - Les maisons - Zer0 Books - Blog - Edition


À la croisée du journalisme et de la littérature, un nouveau monde s'ouvre à l'édition. Face aux difficultés, que nous n'allons pas faire l'affront d'énumérer ici, que rencontrent les maisons dites « traditionnelles », une place de plus en plus importante s'offre à de tout nouveaux acteurs. Des acteurs persuadés qu'un lectorat avide d'analyses incisives existe encore.

 

Figure de proue de ces maisons progressives, Zer0 Books s'est spécialisé dans l'actualité sous toutes ses formes. De la philosophie à la théorie politique, du football de la région de Newcastle à la poésie, la publication est pour le moins éclectique. Sukhdev Sandhu, journaliste du Guardian, a interviewé certains des auteurs phares de la maison. Ils sont jeunes, idéalistes et ont surtout en commun leur passé de blogueur.

 

De ce passé, ils conservent tous un style, une expression propre : « Zer0 m'a permis de rendre disponible le genre d'écrits que j'aurais voulu lire moi-même, mais qui n'existaient jusque-là que sur le Web. J'appartiens à une génération perdue, vraiment, qui a été forcée de s'exiler sur Internet à cause du manque de place dans la culture écrite pour ce que je faisais – un genre trop journalistique pour être académique, et trop théorique pour être considéré comme du journalisme » explique Mark Fisher.

 

 

 

De son côté, Nina Power constate également que Zer0 a mis les blogueurs au centre du projet et ces derniers en ont retiré une certaine reconnaissance : « J'ai été heureuse de faire partie d'un projet qui comprenait vraiment le rôle des blogs sur la scène culturelle ».

 

Bouquins, pinard et consommation

 

Surtout, pour tous ces auteurs, le passage du blog au livre papier leur a permis d'acquérir une notoriété nouvelle. Une impression confirmée par Nina Power : « J'ai été vraiment surprise par l'aura qui entoure encore le livre dans l'esprit des gens. Le livre conserve un statut curieusement important par rapport aux blogs ». En cause, et elle le sait, la versatilité du Web : « La tentation de cliquer ailleurs est toujours présente ».

  

Pourtant, et ce qui fait la force de ces nouveaux écrivains, ils ont su garder de leur blog un ton très libre, voire même souvent politisé. À une question sur le rapport entre pop-music et la critique, Owen Hartheley répond : « L'écriture est devenue de plus en plus distante de la musique contemporaine, pour des raisons sujettes à débat, certainement que la musique n'est plus articulée en fonction des événements, comme elle devrait l'être ».

 

De même chez Alex Niven, pour qui l'écriture et la culture ont beaucoup à voir : « L'idée selon laquelle les auteurs doivent communiquer avec le public –pas de manière servile, de manière à faire du profit, mais dans un contexte de discussion d'égal à égal – est quelque chose qui a besoin d'être ravivé rapidement ou nous allons au-devant de sérieux problèmes. D'autre part, si les gens écrivent des livres par choix de vie tout simplement pour faire de l'argent ou encore par vanité personnelle alors évidemment les gens arrêteront de s'inquiéter, parce que cela signifierait que la littérature est devenue indiscernable d'une bouteille de vin ou de tout autre produit de consommation ».

 

Encore selon Alex Niven, tous les livres publiés par Zer0 sont mus « par ce désir désespéré de faire revivre, ou même d'inventer, une large culture alternative dans un pays qui a perdu ses instincts de base de dissidence démocratique quelque part dans les années 90 ou au début des années 2000. »

 

Zer0 Books, le nouveau plateau du Larzac.