Zerocalcare et Roberto Saviano censurés par une mairie d'extrême droite

Nicolas Gary - 23.09.2019

Edition - International - Zerocalcare Saviano - festival littéraire - Fratelli Italia


Depuis le début du mois de septembre, un vent de censure souffle sur le Festival des rencontres d’Aquila (capitale des Abruzzes, Italie). La ville avait été patiemment détruite en avril 2009 suite à l’activité sismique, mais se reconstruit d’année en année. Sauf que le maire, Pierluigi Biondi, fait valoir des idées personnelles bien arrêtées.

Zerocalcare
Zerocalcare - ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Festival Internazionale degli Incontri 2019 compte parmi les manifestations soutenues par le ministère du Patrimoine culturel, à la hauteur de 700.000 €. Et ce, pour les dix années qui ont suivi le tremblement de terre de 2009. Quelques semaines après la présentation publique, le maire s’est soudainement manifesté, affirmant que son soutien dépendrait de l’exclusion de certains invités qu’il a pris en grippe.

Sur la liste noire, on retrouvait notamment Roberto Saviano et Zerocalcare. Et le maire avait de son côté prodigué une liste blanche, pratiquant au vu de tous, une censure politique sur un événement littéraire.

Selon lui, l’argent public étant confié à la municipalité, il est logique qu’elle puisse intervenir, mais plus encore, pas question de payer les interventions de ces deux gus sur les fonds versés par le ministère. « Nous ne sommes pas des imbéciles et à L’Aquila, nous avons vu passer trop de profiteurs de notre tragédie. » Le programme doit donc être soumis à l’approbation de ses services.
 

Entre droite et extrême droite


Plus tard, au fil de ses déclarations, le maire a poursuivi : « Je ne veux pas d’eux à L’Aquila, parce que notre ville est plurielle, noble et aristocratique. Nous ne méritons pas ce genre personnages. » 

Une obstination incompréhensible, sauf si l’on remonte le fil du parcours politique de l’intéressé : il fut en effet l’une des figures de Casapound, mouvement d’extrême droite. Et depuis, il compte parmi les membres de Fratelli d’Italia, parti politique de droite et extrême droite que dirige Giorgia Meloni. 

Ni Zerocalcare ni Saviano ne sont véritablement de fervents défenseurs des idées portées que ce soit par Casapound — Zerocalcare avait d’ailleurs promis de boycotter le Salon du livre de Turin de par la seule présence d’un éditeur qui faisait partie de ce groupe — ni par Fratelli d’Italia. Et ces derniers sont notoirement plus modérés que Casapound…

« J’ai été accusé de censure simplement pour avoir dit à une femme qu’il n’était pas possible de dépenser 700.000 € en quatre jours pour un festival de gauche », rajoutait le maire. La femme en question n’est autre que Silvia Barbagallo, directrice artistique de la manifestation. Pour elle, l’argent est versé non pas à la municipalité, mais à une institution de la ville, et fut sanctuarisé par le gouvernement d'un précédent Premier ministre, Matteo Renzi. 
 

Le débat d'idées : pas besoin, j'ai le pouvoir


Désormais baptisé Maire de la Censure, Biondi tient cependant très bon, et n’en démord pas. La manifestation, prévue du 10 au 13 octobre, doit également commémorer le 10e anniversaire du tremblement de terre — et à moins d’une intervention spécifique du ministère de la Culture, rien ne semble possible désormais. 

Pourtant, même l’Associazione italiana editori s’est emparée su sujet : « Vous ne pouvez pas envisager de contrer les idées avec une censure préventive », affirme Ricardo Franco Levi, président de l’AIE. « En tant qu’éditeurs, nous restons fidèles et réaffirmons les principes qui nous guident : la liberté de pensée, d’expression et d’édition. »

Autrement dit, tout ce qui est bafoué par une censure certes politique, mais surtout économique, du maire de L’Aquila. « Les idées sont combattues par d’autres idées et les livres sont faits pour alimenter une confrontation entre les idées et les passions. »
 
Saviano, voici dix jours, avait assuré qu’il n’entrerait pas en conflit avec le maire, mais rappelait tout de même qu’une année avant le séisme, la cité comptait 1 étudiant pour 3 habitants. « C’est une ville qui a construit son identité sur la culture et elle doit la retrouver à partir de la culture. Mettre des frontières, des barrières, des obstacles à la culture, revient à diminuer L’Aquila et son esprit d’accueil. Cela signifie l’empêcher de redevenir centrale, dans un pays comme le nôtre, où trop souvent, on oublie les tragédies. »

Surtout, affirme Zerocalcare, alias Michele Rech, qu’il se rend gratuitement à L’Aquila — l’argument financier ne tient pas la route. Mais évidemment, l’activisme de Saviano et Zerocalcare en matière de droits pour les migrants se retrouve dans l’opposition la plus directe aux idées véhiculées par Fratelli d’Italia. 

L’ingérence autocratique d’une municipalité, qui plus est lors d’une commémoration de cette ampleur, difficile d’y voir plus haineux comme attitude.


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