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Zimbabwe : la contrefaçon de livres, devenue sport national

Clément Solym - 12.11.2012

Edition - International - Zimbabwe - contrefaçon de livres - autorités


Les autorités du Zimbabwe négligent-elles l'importance du piratage de livres, mettant l'accent sur la lutte contre le piratage de DVD. Et pourtant, selon auteurs et éditeurs, l'industrie de la contrefaçon est très active dans le domaine du livre. Au point que certains éditeurs locaux envisagent de devoir cesser leur activité, victimes de ce marché noir. 

 

 

Zimbabwe Open University - Harare Regional Library

Zimbabwe Open University - Harare Regional Library

Book Aid International, (CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

« Nous avons constaté que la plupart de nos livres se vendaient dans la rue, après avoir été reproduits illégalement par des imprimeurs qui fournissent ces vendeurs de rue à bas prix », dénonce Edmund Masundire, éditeur au catalogue tourné vers les contes et la jeunesse. Selon un reportage de l'AFP, le piratage serait presque devenu une tradition dans le pays. 

 

Et l'industrie peine déjà à faire face aux baisses de ventes : le public vit dans une crise économique et une grande instabilité politique depuis une dizaine d'années, pas vraiment propice. Une offre d'ouvrages vendus moitié prix, voire à prix coûtant, induit alors une concurrence intenable.

 

Y compris pour les manuels scolaires.

 

En septembre 2010, quelque 22 millions d'ouvrages étaient distribués dans le cadre d'un programme géré par l'ONU. Le Royaume-Uni s'était largement impliqué dans ce projet, à la hauteur de 5,6 millions £, promettant 23 millions £ de mieux. Mais là encore, des problèmes de piratage et de vols, de contrefaçons s'étaient posés. 

 

Crime mineur, et négligé 

 

Aujourd'hui, Sibongile Jele, maître de conférence à l'université nationale des sciences et de la technologie, explique la situation : « La police se consacre aux pirates de disques et ferme les yeux sur les vendeurs ambulants qui proposent des photocopies de manuels scolaires. » D'ailleurs, le système judiciaire fait du piratage une infraction mineure, en regard d'autres crimes.

 

« Certaines écoles achètent même des livres piratés.  Les éditeurs sont aux prises avec des stocks de livres dans leurs entrepôts, mais ce que les petits truands, les barons de cette économie souterraine font, c'est recourir à la plus simple des méthodes pour parvenir à un gain maximum au détriment des éditeurs », souligne Sibongile Jele. 

 

Et de considérer : « Le système légal pourrait être amélioré pour que les contrevenants écopent de peines plus lourdes. Les imprimeurs qui s'adonnent à la piraterie devraient se faire retirer leurs licences commerciales, les livres photocopiés confisqués et détruits par l'Etat. »

 

La pénurie de manuels scolaires est dramatique aujourd'hui, et au plus dur de la crise, des écoliers se partageaient un ouvrage pour 20 élèves. Shimmer Chinodya, un des plus grands auteurs, et largement primé dans le pays, s'interroge : « La question est de savoir qui donne les plaques d'impression à ces gens, et les éléments pour imprimer les livres. La corruption est-elle si forte ? » 

 

Pour les éditeurs, les pertes sont de plus en plus importantes, et Emmanuel Makadho, directeur de Book Love Publishers, est alarmiste : « Si cela ne s'arrête pas, beaucoup d'entre nous seront contraints de fermer boutique. Il y a une prolifération de gens qui ont investi dans des photocopieurs couleur et des imprimantes puissantes, dans le but de reproduire des livres publiés par d'autres sociétés. »

 

Et récemment, c'est tout un stock de contrefaçon, d'une valeur de 22.000 $ qui a éré découverte par les autorités, dans l'une de ces imprimeries clandestines.