Zizanie au PEN Club français : fin de mandat mouvementée pour Emmanuel Pierrat

Antoine Oury - 25.09.2020

Edition - Société - Emmanuel Pierrat - Pen Club francais - auteurs liberte


Rien ne va plus au PEN Club français, aussi connu sous le nom de Cercle littéraire international : l'avocat et écrivain Emmanuel Pierrat, élu président en 2018, a été démis de ses fonctions par le comité directeur de l'organisation, à quelques mois de la fin de son mandat. Le comité évoque des « irrégularités comptables » et des « problèmes de gouvernance » qu'Emmanuel Pierrat dément formellement.



Fondé en 1921 et notamment présidé par Anatole France, Paul Valéry ou Jules Romains, le PEN Club français, comme les autres organisations du réseau PEN, prend position pour la liberté d'expression des écrivains. Cette petite structure, dont le fonctionnement repose entièrement sur l'action des bénévoles, est présidée depuis janvier 2018 par l'avocat et écrivain Emmanuel Pierrat.

Son mandat de trois ans doit prendre fin dans quelques mois, mais le comité directeur du PEN a annoncé, dans un message diffusé auprès des membres, démettre celui-ci de ses fonctions, « devant les questions graves posées par le rapport des trésoriers, les problèmes de gouvernance et l'absence de réponse satisfaisante d'Emmanuel Pierrat ». Le trésorier et le secrétaire général de l'association doivent prendre la suite, dans l'attente d'une assemblée générale et, sans doute, d'élections, en décembre prochain.

Emmanuel Pierrat, le principal intéressé, conteste « largement » la décision prise par le comité directeur, ou plutôt « une partie de celui-ci, soit 7 personnes sur 24, sur les 10 présentes lors de la réunion du 16 septembre dernier », affirme l'avocat, joint par ActuaLitté.
 

On dit que je suis dirigiste, j'ai été actif”


Conformément à son statut d'association, le PEN Club français dispose de son bureau, avec un président, un trésorier et un secrétaire. Mais il compte aussi 5 vice-présidents, un président d'honneur et un comité directeur, ou comité exécutif. S'y ajoutent plusieurs comités, notamment pour la paix ou pour les écrivains en danger et en prison.

Les « problèmes de gouvernance » évoqués dans le communiqué diffusé par le PEN Club porte plus spécifiquement sur une « présidence nous semblant exercée de manière brutale, peu respectueuse des personnes et des règles démocratiques, surtout dans une association qui entend défendre la pluralité des paroles et la liberté d'expression », nous indique Jean le Boël, secrétaire général de l'organisation.

Dans le même registre, le comité directeur se dit « soucieux de préserver la pleine souveraineté de l'association et de ne pas faire de son action le simple “prolongement de l'action du PEN international” où Emmanuel Pierrat a des fonctions et, laisse-t-il dire, des espoirs de consécration », nous précise-t-on.

« On dit que je suis dirigiste, j'ai été actif. On me dit que je suis trop international, ils voudraient que l'on soit locaux, et souverains », réplique l'avocat, qui revendique un mandat riche en événements et en prises de position, notamment sur la situation des écrivains turcs ou biélorusses. « On me reproche de diriger le PEN comme une entreprise, seulement parce que je fais un ordre du jour préalable aux différents rendez-vous », se défend Emmanuel Pierrat.

Résolution de Paris - Pen Club France


À ces accusations sur la gouvernance s'ajoutent des critiques portant sur les finances de l'association, les trésoriers pointant « une série d'irrégularités comptables » dans un rapport qui doit être détaillé aux adhérents après le comité du 7 octobre prochain. « La précédente trésorière s'en était inquiétée et avait donné sa démission en début d'année, imitée quelques semaines plus tard par un vice-président, d'abord volontaire pour reprendre le dossier. Depuis, la situation n'a toujours pas été éclaircie, Emmanuel Pierrat refusant que soit abordé le rapport rédigé par les trésoriers qui ont pris la relève et dont il avait pourtant accepté le principe », accuse Jean le Boël.

De son côté, Emmanuel Pierrat assure que cette accusation découle d'une demande de subvention effectuée auprès du Centre national du Livre, aboutissant sur une aide de 5000 €, sur le budget total de 30.000 € environ qu'est celui du PEN Club français. « On m'a reproché que cela n'était pas net, mais les comptes ont été validés en assemblée générale. Le rapport évoqué reprend les éléments de celui de 2019, et ces questions sont réglées », explique-t-il. Le secrétaire général du PEN Club français n'a pas souhaité nous donner plus d'éléments sur ce que le bureau qualifie d'« irrégularités ».
 

Des combats d'ego ?


Les membres du PEN, qui ont pris connaissance du communiqué diffusé il y a quelques jours, ne savent plus vraiment si l'organisation est encore présidée. Une partie du comité directeur considère « que le bon fonctionnement de l'association était mis en danger par Emmanuel Pierrat », selon l'expression de Jean Le Boël, mais une autre défend l'avocat. Et ce dernier ne reconnait pas du tout la décision prise : « Je reste président du PEN, au sein duquel un petit groupe pense que je ne le suis plus. »

Emmanuel Pierrat assure que la décision de le démettre de ses fonctions a été prise par quelques personnes, au cours du comité du 16 septembre dernier, et non en assemblée générale, ce qui la rend caduque. Interrogé, Jean Le Boël nous précise que « les membres du comité sont élus par l'assemblée générale » et que « le comité directeur choisit en son sein le président et le démet éventuellement ».

« Nous souhaitons la désignation d'un nouveau président, ce qui aura lieu après l'Assemblée générale de décembre 2020, lors du comité qui répartit les responsabilités », nous indique Jean Le Boël, ouvrant ainsi l'appel aux candidatures.

Emmanuel Pierrat estime que le communiqué diffusé sur les réseaux du PEN Club français vise à lui interdire un dépôt de candidature. Les relations entre le président et le président d'honneur, Sylvestre Clancier, n'auraient pas été très tranquilles, ce que nous confirme Emmanuel Pierrat. « Sylvestre Clancier a assuré à plusieurs reprises la présidence, parfois par intérim, du PEN, pendant près de 9 années, et cette manœuvre lui permet de faire obstruction à ma candidature. » Sylvestre Clancier est le fils de Georges-Emmanuel Clancier, poète, qui fut lui aussi président du PEN, entre 1976 et 1979.

Le PEN Club français reste donc présidé par deux camps, dans l'attente du comité du 7 octobre, puis de l'assemblée générale de la fin d'année. Jean Le Boël nous assure que le comité directeur proposera « qu'Emmanuel Pierrat soit à nouveau invité à répondre aux questions posées par le rapport des trésoriers ; ses réponses seront analysées et le bureau en tirera les conséquences ».


Photographie : dessin d'Uderzo, illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Résolution de Paris - Pen Club France, en janvier 2020, CC BY SA 2.0



Commentaires
Vous plaisantez ? En comparaison des subsides à Matzneff ou comparant à la dotation annuelle de Licra, ces 30.000 eu puis 5.000 eu qui sont en cause au Pen Club de France seraient-ils de si grande importance ?
Intéressant. Après les subventions du CNL à Matzneff, le même argent public accordé à son ami Pierrat, qui gère cet argent de façon douteuse, donc. Et le reste. Non, vraiment, il n'y a pas d'après à Saint-Germain-des-Prés.
J'aime beaucoup assister à la démocratie à l'œuvre : d'un côté, il faut sauver le soldat étranger du méchant dirigeant étranger, non démocratique bien entendu, et de l'autre, il faut sauver le Président français du méchant soutien anti-démocratique (ou vice-versa, selon qu'on est du côté du bon ou du mal, pardon, en soutien d'un camp ou l'autre).
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