Zoé Valdés sceptique quant au rapprochement USA/Cuba

Julien Helmlinger - 18.12.2014

Edition - International - Zoé Valdés - Politique - diplomatie - Etats-Unis


Ce mercredi, les présidents Barack Obama et Raul Castro ont simultanément annoncé un dégel diplomatique que certains n'attendaient plus. Un rapprochement entre Cuba et les États-Unis alors que l'embargo américain sur l'État insulaire rival, mis en place en 1962, est toujours officiellement en vigueur. Si les deux leaders politiques promettent un rétablissement de liens diplomatiques ainsi qu'une amélioration de la coopération économique, la romancière Zoé Valdés pense que ce mouvement « n'améliorera pas le sort des Cubains ».

 

Zoé Valdès - Comédie du Livre 2011 - Montpellier - P1150383

CC by SA 2.0 par Yves Tennevin

 

 

La populaire Zoé Valdés, née en 1959 à La Havane, est exilée en France depuis 1995. Face à l'annonce de ce rapprochement diplomatique, interrogée par l'AFP, l'écrivaine se dit « très sceptique et pessimiste ». Les avis sur la question sont encore très tranchés. Le pape François a félicité une « décision historique ». En revanche du côté du Congrès américain, des députés républicains comme démocrates évoquent plutôt une « erreur tragique », s'opposant à une levée d'embargo désirée par Obama.

 

« Hasta la victoria siempre », avait scandé le Che Guevara face aux États membres de l'ONU en 1964 et certains se demandent désormais si David a fini par terrasser Goliath. Aux yeux de Zoé Valdés : « C'est une avancée importante, mais pour les dirigeants castristes, pas pour le peuple. Non, je ne suis pas optimiste, je ne crois pas que cela améliorera le sort des Cubains. Il faudra attendre la mort des deux Castro, ou même plus, pour que ça change. »

 

L'écrivaine expatriée essaie de lire entre les lignes des discours prononcés par Barack Obama et Raul Castro, qui a succédé en 2008 à son frère Fidel. Ainsi, elle pointe : « Il y a déjà un mauvais signe : le discours d'Obama n'a pas été diffusé à Cuba. Dans le sien, Raul Castro a dit : “nous devons commencer à nous comporter de manière civilisée”. Va-t-il appliquer cela à l'intérieur du pays ? Je pense que non. Et on ne connaît pas le contenu des discussions entre les deux pays. »

 

Elle poursuit : « Après la chute du mur, on avait espéré, mais rien n'a changé. Il n'y a pas de liberté, pas de démocratie à Cuba. C'est ça, le blocus intérieur castriste. Cuba est un pays très difficile. Il y a aussi beaucoup de pauvreté, et quelques très riches. [...] Comme de nombreux écrivains, d'artistes, de musiciens cubains contraints à l'exil, je suis sur une liste noire, et je ne peux pas rentrer à Cuba. »

 

Si les ouvrages de la poète, scénariste et romancière cubaine ont été traduits dans une quinzaine de langues à travers le globe, qu'elle a connu des succès internationaux avec La douleur du dollar, La Fiction Fidel, Danse avec la vie, ou encore Le Néant quotidien, ce dernier titre lui a valu l'exil pour insoumission au régime, à la suite de sa publication en 1995.