150 ans après, la Turquie censure encore Darwin

Clément Solym - 16.03.2009

Patrimoine et éducation - A l'international - Turquie - censure - Darwin


Une faction politique turque vient manifestement d'engager une bataille rangée suite à la publication d'un article dans une revue scientifique. La liberté de publication universitaire prend alors du plomb dans l'aile alors que des fonctionnaires de l'État ont réclamé que l'article consacré à Charles Darwin soit tout bonnement supprimé.

Bilim ve Teknik, la revue en question, a ainsi éjecté 16 pages de son magazine mensuel, sur ordre de l'éditeur, le Tubitak, conseil scientifique et technologique du pays, soumis à la gouvernance étatique. Le directeur de l'édition a également été renvoyé, par les autorités (in)compétentes, pour avoir commandé cet article. Ainsi, Cigdem Atakuman aurait eu le défaut de ne pas avoir prévenu ni scientifiquement fait valoir la qualité de l'article.


Universitaires et politiciens de l'opposition se sont alors insurgés ; on parle de censure à peine dissimulée de la part des islamistes du pays, qui tentent d'imposer la pensée religieuse comme unique, laquelle se marie assez mal avec les thèses évolutionnistes du scientifique. Montée en puissance de l'affaire, lorsque les responsables européens ont vent de l'affaire et que l'on rappelle gentiment à la Turquie que ce genre de pratique, réprimant la liberté d'expression, nuirait à l'adhésion du pays à l'Union européenne.

Tout particulièrement l'année où l'on célèbre le 200e anniversaire de la naissance de Darwin et le 150e anniversaire de la publication de son Grand Oeuvre.

Si le gouvernement a nié avoir joué le moindre rôle dans le retrait de cet article, mettant de côté son légendaire enthousiasme pour les théories créationnistes, le ministre d'État, Mehmet Aydin a pourtant condamné cette censure. Non sans critiquer passablement le darwinisme dans sa déclaration. En effet, la revue devrait refléter les points de vue des hommes qui ont servi la science, « sans tenir compte des erreurs dans lesquelles ils ont pu se fourvoyer ».