1945, création de l'ONU : Maître Yoda conseillait l'Arabie saoudite

Victor De Sepausy - 23.09.2017

Patrimoine et éducation - A l'international - manuel scolaire Yoda - Arabie saoudite Yoda - roi Fayçal saoudien


On ne plaisante pas beaucoup, en Arabie saoudite, avec l’histoire. Dans un manuel scolaire, s’est en effet retrouvée une photo représentant le roi Fayçal ben Abdelaziz Al Saoud, qui régna entre 1964 et 1975 sur le royaume wahhabite. Sur la photo, ce dernier ratifiait la Charte des Nations Unies, le 26 juin 1945, posant les bases de l'ONU — il est alors ministre des Affaires étrangères. Mais à ses côtés, un curieux bonhomme : Maître Yoda. Une farce de la Force ?



“Signer, tu dois !”
 

 

Certes, Fayçal ne cachait pas une forte volonté de lier l’Arabie saoudite aux Américains, notamment autour des questions pétrolières. Le Pacte de Quincy (février 45) offrant la protection de l’Arabie saoudite par les États-Unis contre un approvisionnement en pétrole en est une jolie preuve. Mais en dépit de sa longévité et de ses efforts pour maintenir la paix dans l’Empire, Maître Yoda, figure essentielle de l'univers Star Wars – n’était pas présent à la signature de la Charte de San Francisco. Ironie du sort, George Lucas ne l’avait pas encore inventé, il venait de naître. 

 

Comment se peut-il alors qu’un livre d’histoire fasse figurer le futur roi Fayçal avec à sa droite Yoda, pour illustrer l’implication du pays dans la fameuse signature ? De toute évidence, c’est une boulette, mais plus encore, il s’agit possiblement d’une contrefaçon : cette photo, détournée, est l’œuvre de l’artiste saoudien Abdullah Al Shehri. Ce dernier s’est spécialisé dans les montages, réunissant des clichés historiques et des figures de la culture pop qu’il introduit subrepticement. (voir en fin d’article).

 

Faire vivre les archives
 

Certes, il est donc à l’origine de la photo détournée, mais certainement pas du choix de l’illustration pour l’article du manuel scolaire, se défend-il. « C’est ce dont les images d’archives ont besoin. Quelque chose d’amusant, quelque chose qui les rend moins déprimantes », assure-t-il. 

 

De son côté, le ministre de l’Éducation a présenté d’officielles excuses sur Twitter, et promis que l’ouvrage serait retiré dans les plus brefs délais. « Le ministère a commencé à réimprimer une version corrigée du manuel et à supprimer la précédente édition. Un comité juridique a été constitué pour déterminer la source de cette erreur et prendre les mesures appropriées. » Reste que dans l’intervalle, l’artiste n’a pas été sollicité pas plus que rémunéré pour l’usage fait de son cliché détourné. 
 

Speak Out : libérer les écrivains emprisonnés


Toutefois, il ne s’offusque pas : son travail associant Fayçal et Yoda avait quelque chose de l’hommage. En effet, le roi est connu pour onze années de règne ayant introduit de véritables mutations dans la société saoudienne. L’esclavage fut aboli, l’éducation publique démocratisée (au moins pour les hommes) et la télévision est entrée dans le pays. 

 

« Il se montrait sage et toujours puissant dans ses discours. J’avais trouvé que Yoda était le personnage le plus proche du roi. Et puis, Yoda et son sabre… c’est tout bon. » En outre, le plus sage de tous les Grands Maîtres de l’ordre Jedi a aussi l’avantage d’être tout vert… faisant écho au drapeau saoudien. C’est pourtant le 14e dalaï-lama qui aurait officiellement inspiré cette créature de 800 ans.

 

<

>


voir son site

 

 

via New York Times