50 ans après sa mort, la poétesse Dorothy Parker repose en paix à New York

Antoine Oury - 23.09.2020

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Une attente qui vient s'ajouter à l'éternité : décédée en 1967 à l'âge de 73 ans, la poétesse Dorothy Parker a rejoint le cimetière de Woodlawn, dans le Bronx, à New York. L'urne funéraire contenant ses cendres a passé plusieurs décennies au crématorium, puis dans un cabinet d'avocats, avant de rejoindre New York, qu'elle considérait comme sa ville natale.

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Poètesse et scénariste célébrée aux États-Unis, traduite en France par Benoîte Groulx et Hélène Fillières chez Denoël et Christian Bourgois, Dorothy Parker aura eu une mort aussi tumultueuse que son existence. Lorsqu'elle signe son testament en 1965, elle est sans doute loin d'imaginer que ses cendres resteront enfermées pendant des décennies dans un cabinet d'avocats...

Sans héritier ni ayants droit, Parker avait alors décidé de léguer son maigre patrimoine — environ 20.000 $ —, mais aussi les droits sur ses œuvres, à Martin Luther King, figure tutélaire dans la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis. Elle n'avait jamais rencontré King, mais admirait son combat, elle-même très engagée politiquement. Elle indiquait par ailleurs dans son testament vouloir être incinérée.

Elle meurt en 1967 d'une crise cardiaque, à l'âge de 73 ans, et l'exécutrice testamentaire qu'elle avait désigné, Lillian Hellman, prend le relai : étonnée par les souhaits de la défunte, et quelque peu agacée de constater l'absence de patrimoine financier, Hellman n'en fait alors qu'à sa tête. Elle organise par exemple une veillée publique du corps de Dorothy Parker, quand cette dernière demandait une crémation dans l'intimité.

Martin Luther King hérite des possessions de Parker, comme prévu, mais meurt le 4 avril 1968 à Memphis, assassiné. Dorothy Parker avait précisé, dans cette éventualité, que son héritage devait alors revenir au N.A.A.C.P, organisation américain de défense des droits civiques.
 

Comment tu vas, Dorothy ?”


Entre-temps, le corps de Parker a été confié à un crématorium du comté de Westchester, dans l'État de New York : ses cendres, toutefois, ne sont jamais réclamées, et restent sur une étagère jusqu'en 1973. Un employé décide alors d'envoyer l'urne funéraire à l'adresse de l'avocat de Parker, Oscar Bernstien, mentionné sur les formulaires. Sauf que le cabinet est désormais géré par son ancien associé, Paul O’Dwyer, qui ne connaissait pas Parker. Il entrepose les cendres, dans l'attente d'un moment pour s'en occuper...

Au début des années 1980, l'auteur et acteur Malachy McCourt rend visite à son avocat, un certain Paul O'Dwyer. Au détour de la conversion, il évoque sa rencontre avec Dorothy Parker. Sourire d'O'Dwyer : « Tu voudrais la revoir ? » Et l'avocat de lui présenter l'urne funéraire... « Je me suis dit : “Oh mon Dieu ! Comment tu vas, Dorothy ?” », se souvient McCourt.

En 1988, O'Dwyer décide de donner une sépulture décente à Parker : différentes idées se succèdent, et le N.A.A.C.P propose finalement de faire une place à l'autrice dans le parc de son nouveau siège, à Baltimore. Les amateurs de l'œuvre de Dorothy Parker viennent plutôt lui rendre hommage à l'Algonquin Hotel de New York, où elle réunissait très régulièrement ses amis écrivains pour de fameux déjeuners. Aussi, la sépulture de Parker, à Baltimore, n'est plus fréquentée.
 
Survient alors Kevin C. Fitzpatrick, guide professionnel, qui apprend en 2006 que le N.A.A.C.P envisage de déplacer son siège à Washington D.C. : grand admirateur de Dorothy Parker, il voit là l'occasion de la rapprocher de New York, sa ville de cœur. Il contacte la famille de l'auteure, retrouvant trois petites-nièces de celle-ci : le projet prend forme.

Ce n'est toutefois que le 22 août dernier qu'une cérémonie de « réenterrement » a pu avoir lieu, au cimetière de Woodlawn, à New York, où le père de Dorothy Parker avait acheté plusieurs concessions. « Elle est de retour dans sa ville natale », a souligné Fitzpatrick. « Porter ses cendres était assez surréaliste. Cela vous rend si proche d'une personne à laquelle vous avez beaucoup pensé, sur laquelle vous avez beaucoup écrit, dont vous avez beaucoup parlé. »


via The New Yorker, The New York Times

Photographie : illustration, Doc Searls, CC BY 2.0


Commentaires
Quelle histoire étonnante sa mort est aussi aventureuse et formidable que sa vie. J’ai fait sa connaissance grâce à Jean-Luc Seigle (hélas disparu il a peu) qui lui avait consacré un livre, un long monologue qui fut adapté pour le théâtre et qui s’est joué au Lucernaire. Soirée dont je garde un merveilleux souvenir. Merci Actualitté .
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